« Je promets de faire de mon mieux… »

3 questions à des chefs scouts
Propos recueillis par Anne Guétin , le 09.08.2011

Alors que les camps d’été des scouts, qu’ils soient de France, Unitaire de France ou d’Europe, pullulent partout dans nos régions et pour les plus grands de notre diocèse parfois aussi dans le monde, alors que des centaines de jeunes de nos paroisses vivent ensemble et en communion avec la nature l’expérience des camps d’été, trois de leurs chefs ont accepté de témoigner.

« Je promets de faire de mon mieux… »

Agathe, 18 ans cheftaine chez les jeannettes et louveteaux (« orange ») scouts et guides de France ,Béatrix, 21 ans cheftaine louveteaux chez les scouts d’Europe, et Charles, 25 ans chef de troupe scoute et chef d’un clan routier chez les Scouts Unitaires de France (SUF)

Pourquoi avoir choisi d'être chef ?

Agathe : J’ai décidé d’être cheftaine pour participer à l’éducation des jeunes, faire partie d’une communauté aux valeurs morales fortes où l’entraide est fondamentale, apprendre aux enfants à vivre avec la nature, donner de mon temps à un mouvement qui respecte chaque être humain.

Béatrix : J’ai choisi d'être cheftaine sûrement au début un peu par hasard, à l'aveuglette: c'est ce que l'on fait en général quand tou(te)s nos ami(e)s sont scouts, que l'on a fini ses années de guides, que l'on a beaucoup aimé, qui nous ont beaucoup apporté. Encore plus lorsqu'on se motive avec quelques amies pour tenter notre chance comme cheftaine dans la même unité. Evidemment, je me sentais redevable au mouvement qui m'a aidé pendant quasiment dix ans à forger mon caractère, à développer mes talents, à m'en créer de nouveaux, mais je ne suis pas sure que je me serais lancée si je n'y trouvais pas un certain attrait.

C'est finalement au cours des sorties et des camps, au fil des années, avec plus de recul et de maturité, que j'ai vraiment réalisé que ce temps donné à la meute était autant de joie, de formation, de services qui m'étaient offerts à moi-même. J'ai appris à connaître la psychologie de l'enfant, la pédagogie, la méthode pour entraîner un petit groupe, l'organisation, la joie du service. Et, chose nouvelle, j'ai développé avec Dieu un nouveau lien qui consistait à Lui confier des êtres qui m'avaient été confiés: une sorte de collaboration avec mon Créateur: pas mal!

Charles : Cette question peut sembler simple mais elle ne l'est pas tant que ca... D'abord, il y a bien sûr une certaine continuité, pour moi qui avait passé déjà plus de 10 ans dans le scoutisme le jour où la question s'est posée.
Plus profondément, il y avait l'envie de rendre ce qui m'avait été donné. Au fond de moi, sans forcément me le dire, je voulais marcher dans les pas de toutes ces cheftaines et tous ces chefs que j'avais connus et qui m'avaient FAIT GRANDIR.
Et c'est là le cœur de l'engagement du chef et de la cheftaine : faire grandir.
D'ailleurs, j'aime rappeler qu'"autorité" signifie bien au départ "faire grandir", "élever". Quelle belle définition de la mission d'un chef !
C'est donc bel et bien parce que j'avais envie de faire grandir à mon tour et de quelle manière ! Par le jeu, l'entraide fraternelle, l'aventure partagée, tout cela nourri d'une spiritualité qui grandit elle aussi.
Je l'ai donc surtout choisi pour cela, mais aussi pour mille autres raisons : un projet partagé avec de vieux amis scouts ou non, le goût de la Nature, l'envie d'occuper mon temps de jeune étudiant avec des activités saines et utiles... La liste n'est pas exhaustive et, au bout du compte, il y a ce je-ne-sais-quoi que j'appelle la Grâce...

Qu'est ce que cela change dans votre vie ?

Agathe : Le scoutisme prend du temps mais c’est un investissement qui rend heureux ! Donner de son temps pour les enfants, voir leurs regards émerveillés quand leurs chefs osent jouer le jeu avec eux est le plus beau des cadeaux. Cette expérience, toute récente pour moi, puisque c’est ma première année en tant que cheftaine, me rend responsable, m’apprend à gérer un groupe. J’acquiers la diplomatie nécessaire à la vie de communauté, l’écoute des jeunes, le détachement de soi. Cela fait un bien fou, je me sens vraiment utile. Ces moments avec les louveteaux et jeannettes sont géniaux, ils me surprennent par leur imagination et leur courage.

Béatrix : j'ai envie de dire tout: cela détourne un peu mes préoccupations de mon nombril, me donne des raisons et la motivation de me dépasser, car on est bien meilleur chef si notre vie est en accord avec les belles valeurs que l'on enseigne aux plus jeunes, et cela me fournit une expérience humaine, sous le regard de Dieu, que je n'aurais je pense, acquise nulle part ailleurs, en tous cas d'aussi complète.

Charles : Je ne peux même pas imaginer ce que je serais aujourd'hui si je n'avais jamais été chef. J'y ai développé mon goût des autres et du service, mon sens des responsabilités et j'ai appris à quelle point l'engagement n'existe que dans la fidélité - ce qui n'est pas inutile pour le fiancé que je suis aujourd'hui !
C'est une.expérience forte, fondatrice et structurante. Attendre pendant trois heures un trio d'adolescents qui ont "oublié" l'heure impérative de retour est probablement la pire angoisse que j'aie vécue. Tout comme emmener 35 garçons à plus de 3000 mètres d'altitude est l'un des plus beaux souvenirs de ma vie.
Ma plus grande récompense, c'est d'en voir s'engager à leur tour. Je me dis que c'est peut-être grâce à moi.

Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Agathe : La confiance que les parents m’ont fait, l’accueil dans la maîtrise ont été fondamentaux et porteurs. Je garde un souvenir particulièrement ému des promesses et veillées autour du feu et de la descente du bus des enfants au retour du camp : leurs regards, leurs sourires, leurs remerciements et leur fierté de pouvoir raconter qu’ils ont vécu 8 jours loin de chez eux  en assumant responsabilités, aventures, jeux, vie fraternelle. Ces jeunes débordaient d’enthousiasme, cela m’a marqué ! J’ai compris à quel point être chef scout pouvait compter pour aider les enfants à s’épanouir, se construire et vivre des moments formidables qui resteront gravés dans leur mémoire.

Béatrix : Mes meilleurs souvenirs, même s'ils sont tous excellents, sont les promesses que j'ai reçues dans mes mains cette année en tant qu'Akela. Voir un petit garçon qui du haut de ses 8 ans vous dit de tout son cœur qu'il promet de faire de son mieux durant toute sa vie, c'est très émouvant et cela vous ramène aux priorités.

Charles : Les meilleurs ne sont pas les plus "mythiques" pour reprendre le parler scout. Les meilleurs sont des moments de communion de tout un groupe, avec des garçons qui sont comme des frères les uns pour les autres. C'est de voir un adolescent frondeur devenir un jeune adulte responsable. C'est d'avoir eu avec moi des assistants qui auraient fait n'importe quoi pour que les scouts passent un camp inoubliable.
Allez, puisqu'il faut bien y mettre un peu de lyrisme, j'ai prononcé ma promesse un soir de juillet 1999, dans une ruine d'un château cathare, dans les Pyrénées Orientales, à la lueur des torches. Un ciel sans nuage au-dessus de la Troupe rassemblée, la lune brillait à coté de la tour effondrée. Je crois que je ne l'oublierai jamais et je rends grâce au Seigneur d'avoir, je crois, cherché à donner à vivre de tels instants à des jeunes.

© Diocèse de Versailles - 2013

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