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Christine de Seze, une vie spirituelle, une vie d’éducatrice


La vie de Christine de Sèze fut une vie de dévouement. Assoiffée de culture, elle avait le goût et le dynamisme pour la transmettre, et a exercé son métier d’enseignement avec fougue et passion. Retour sur une vie hors du commun, une vie de vierge consacrée.

Christine de Seze

Un départ pour rejoindre l’Epoux bien préparé

Il arrive, Il approche, j’entends Ses pas, quel bonheur !

C’est ainsi que Christine (15/09/1930 – 22/04/2017) avait dit au revoir à une personne de Notre Dame de Vie le mercredi 19 avril 2017. Le jeudi 20 au matin, elle était hospitalisée d’urgence à Carpentras, où elle reçut la visite d’un prêtre l’après-midi, et le samedi 22 au matin, samedi de Pâques et veille du dimanche de la Miséricorde, elle rendait à Dieu son dernier soupir, en présence de notre petite nièce Hermine qui l’avait déjà veillée le vendredi soir.

Ce départ, rapide pour nous, était pour elle bien préparé par toute une vie de dévouement et d’oubli de soi pour l’Epoux, présent à sa prière et dans son prochain qu’elle a toujours servi, en particulier dans ses élèves tant aimés : l’éducation était sa vocation profonde.

Elle aimait rappeler qu’elle était née le 15 septembre 1930, fête de Notre Dame des douleurs, baptisée le 16 septembre, fête des Stigmates de Saint François.

Nos parents s’étant installés à Versailles en 1939, après des études secondaires au collège d’Hulst (aujourd’hui lycée Saint Jean Hulst) et une année de terminale au lycée Hoche, elle fit une licence de lettres classiques à Paris, avec un diplôme sur Léon Bloy, auteur qui lui resta familier toute sa vie, au point qu’elle fit encore sur lui une conférence au Quinsan.

Enseignement et vie spirituelle – deux engagements qui remplissent sa vie quotidienne

Ses premières années d’enseignement eurent pour cadre l’école La Source à Meudon, qui était alors en pointe par sa mixité et ses méthodes nouvelles. Elle s’y donna à fond, et y fut très heureuse, tout en souffrant du caractère « non confessionnel » de l’établissement.

Cependant, les années 1968 et suivantes y furent difficiles. Elle accepta donc volontiers en 1973 la proposition de Mademoiselle Marie Gufflet qui, très âgée, cherchait à assurer sa succession de directrice du cours qu’elle avait fondé avec ses sœurs cinquante ans plus tôt.

Christine, la première vierge consacrée du diocèse de Versailles

Là vont se fondre sa vie spirituelle et sa vie d’éducatrice. En effet, c’est le 17 juin 1973 qu’elle prit son engagement de vierge consacrée, entre les mains de Mgr Simonneaux, devenant ainsi la première vierge consacrée du diocèse de Versailles. La coïncidence de date entre sa consécration et sa prise de fonction au cours Gufflet à la rentrée 1973 n’est certainement pas fortuite. Le caractère libre, confessionnel et désintéressé de ce Cours Gufflet correspondait bien à l’idéal de Christine, elle y accueillait tout type d’enfants, dont certains n’auraient pas trouvé leur place ailleurs (trop doués avec plusieurs années d’avance, dyslexiques ayant pris du retard).

Christine se donna à fond dans cette nouvelle responsabilité, n’épargnant pas son temps, commençant tôt le matin et finissant bien tard le soir,  assurant la nuit une présence auprès de nos parents âgés, prenant le relais de notre sœur Chantal qui habitait sur place et s’en occupait à plein temps. Ses week-ends étaient bien souvent pris par la Légion de Marie à laquelle elle a consacré une bonne partie de sa vie et de son énergie, cet engagement lui tenait très à cœur. Nos parents moururent tous deux au cours de l’année 1986. Malheureusement la gestion financière du Cours devint de plus en plus critique et l’obligea à décider sa fermeture en 1990.

 

Les  enfants de la famille élevés sous le regard aimant et tendre de Christine

Elle donna encore quelques années d’enseignement au collège des Marianistes Sainte-Marie d’Antony, avant de prendre en 1996 une retraite bien méritée, qu’elle consacra bien souvent à  aider  nos neveux pour la garde de leurs enfants, lesquels l’ont considérée comme une grand-mère très aimée. Son amour des petits comme sa grande culture littéraire et philosophique, ses grandes qualités pédagogiques de professeur de latin et de grec, lui permettaient d’aider tous les âges à grandir et à mûrir tant dans le domaine profane que religieux.

 

Rien n’arrête sa boulimie de culture… elle apprend l’hébreu à 70 ans

Dernier détail significatif de sa soif de culture : enfin à la retraite à soixante-six ans, elle se mit à apprendre l’hébreu « pour pouvoir lire la bible dans le texte », et y travailla assidûment jusqu’à son départ pour Venasque en octobre 2010.

Notre Dame de Vie, une communauté où elle trouve le bonheur chaque jour

Car son attachement au Christ est le fil rouge de toute sa vie : engagée dans la Légion de Marie depuis de longues années, Vierge consacrée, elle choisit de finir sa vie avec la communauté de Notre-Dame de Vie dont elle adopta volontiers la spiritualité carmélitaine, se passionnant pour la cause de béatification du père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, s’associant à la vie de la communauté, faisant partie d’un club littéraire, donnant des conférences…

Ses six années à la résidence du Quinsan furent heureuses, tout lui plaisait : le cadre, l’ambiance religieuse et familiale, les rencontres avec des membres de l’Institut venant de tous les continents. Elle voulut même être enterrée dans le caveau des membres féminins de l’Institut. Elle fut pour tous, famille, amis, relations, consacrés de Notre-Dame de Vie un modèle de prière et de vie toute donnée à Dieu.

Son bréviaire récité en latin

Très fidèle à son bréviaire, qu’elle récitait en latin, nous avons trouvé dans ses carnets de notes intimes plusieurs fois les mots des psaumes, par exemple :

« Deus cordis mei et pars mea in aeternum » Ps 72

Et d’une écriture un peu tremblée, ces mots du Ps 91 qu’elle m’avait récemment cités au téléphone :

« Plantati in domo Domini , in atriis domus Dei nostri florebunt. Adhuc fructus dabunt in senecta. »

Nous pouvons rendre grâces d’avoir connu Christine, les nombreux témoignages que je reçois ces jours-ci le confirment, par exemple : « C’est cet alliage de lucidité et de bonté, construit et conquis sur un esprit plutôt critique, ainsi que son oubli de soi permanent, qui la rend exceptionnelle à mes yeux. » « Ouverture d’esprit, sérieux dans l’engagement, accueil de l’autre dans sa différence, écoute, esprit positif dans toute circonstance de la vie… »

Requiescat in pace !

 

Echourgnac, le 11/05/2017

Sœur Marie Noël, petite sœur et filleule de Christine

Abbaye Notre Dame de Bonne Espérance

24410 Echourgnac – smn@abbaye-echourgnac.org