Francois-Xavier Bellamy, chercheur de vérité entre politique et philosophie

Francois-Xavier Bellamy, chercheur de vérité entre politique et philosophie

Etre professeur de philosophie et maire adjoint de Versailles : deux activités pour un seul homme, c’est déjà étonnant. Quand cet homme n’a que 25 ans, c’est encore plus étonnant. Comment réussir à concilier le tout ? Comment vivre ces deux responsabilités en harmonie avec une foi profonde ? François-Xavier Bellamy nous entraîne dans son sillage atypique.

Si, après l’avoir vu, vous avez oublié la couleur de ses yeux, c’est que vous avez un problème avec les vôtres ! Impossible de ne pas être frappé par le bleu de son regard qui vous fixe tout droit pour mieux vous convaincre.

Suivi de trois petites sœurs, François-Xavier a grandi dans une famille aux solides valeurs familiales, morales et religieuses. Après de brillantes études à Versailles puis en classe prépa, il intègre l’Ecole Normale Supérieure en 2005 avec l’objectif de devenir professeur de philosophie. En fin de terminale, son professeur avait demandé qui voulait enseigner la philosophie : il était déjà candidat. Alors, le soir de son premier cours, il a appelé son ancien prof : « Je n’ai pas dévié de ma route ». Et pourtant d’autres sirènes s’étaient interposées puisque, un an après son admission, il avait été recruté au cabinet du Ministère de la Culture où la politique avait montré ses appâts. « La Providence m’a éclairé : la philo a plus de consistance et de densité que le monde politique. Les profs de philo peuvent faire beaucoup de bien ». Pour François-Xavier, les enseignants mènent discrètement un travail dont l’enjeu est décisif.

« J’aime ce métier par-dessus tout ». A l’entendre, on sent qu’il dit vrai. « Ce rôle auprès des jeunes est primordial, parce que l’école n’a pas rempli sa mission, parce qu’il y a eu rupture de transmission, parce qu’il y a une vraie soif qui n’a pas été étanchée. Notre génération va devoir affronter des défis considérables. Mon expérience d’enseignant m’a révélé le visage d’une génération qui sort du lycée en n’ayant pas le socle nécessaire pour construire une société ». Devant la confusion des débats publics, François-Xavier souhaite apporter à ses élèves, par la philosophie, une capacité à argumenter, à clarifier les concepts pour mettre fin à la pauvreté de la réflexion collective, y compris chez les Chrétiens. « La philosophie aide à clarifier sa propre démarche ». Et d’ajouter : « Je cherche la vérité avec mes élèves. Si on cherche la vérité, on finit par la trouver… Qui cherche trouve : il faut donner à tous les moyens d’y parvenir ».

Et la politique ? François-Xavier pensait y avoir renoncé : il n’a jamais été membre d’un parti et quand, il y a trois ans, François de Mazières lui propose de participer à sa liste, il accepte en pensant ne pas avoir d’avenir politique. Mais le voilà promu, après les élections, maire adjoint de Versailles, chargé de la Jeunesse et de l’Enseignement Supérieur. C’est un poste à créer : « J’arrive en ayant tout à apprendre ». Difficile, quand on a 22 ans et que l’on s’apprête à passer l’agrégation un mois plus tard. Il se met au diapason, se familiarise avec la complexité des questions et petit à petit voit avec plaisir des projets sortir de terre comme le site internet  www.jversailles.fr, imaginé par et pour les jeunes de Versailles. Si l’Enseignement Supérieur est une opportunité pour la ville de Versailles qui n’avait pas pris la mesure de la richesse que constituent ses 10 000 étudiants, l’emploi des jeunes est en revanche un grave problème qui lui tient tout particulièrement à cœur. Sous sa responsabilité, la ville a pris l’initiative d’un projet innovant en la matière, qui a permis de ramener plus de 300 jeunes vers l’emploi.

François-Xavier maintient la distance entre ses deux casquettes et se garde de toute incursion politique avec ses élèves. Avec tristesse, il constate que « le langage politique n’a plus aucun sens pour les jeunes. Il faut faire un vrai travail pour recréer la confiance ». Etre professeur de philosophie et maire adjoint de Versailles, « ce n’est pas toujours facile à concilier matériellement. Je suis souvent en retard, c’est très douloureux : je passe ma vie à m’excuser ! » Il court sans cesse d’un sujet à l’autre, ce qui garantit un peu d’exercice physique à cet adepte du « never sports » de Churchill. La voile, il s’y adonne à ses rares moments de détente. Les « voileux » ont la réputation d’être des « taiseux » : François-Xavier fait exception. Il s’exprime facilement, avec conviction, en termes précis : on sent le professionnalisme du professeur habitué à être le plus clair possible avec ses élèves.

Derrière ces engagements, il y a le chrétien qui avant de faire un choix se pose toujours la question : « Qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? ». Puis, après ce discernement spirituel, il se donne à fond, sans compter : « Il reste toujours quelque chose à faire : on est toujours un peu coupable de s’arrêter ». Cela l’avait déjà conduit à s’engager largement dans le scoutisme : sept ans comme chef scout, quatre ans comme chef de troupe. Tandis que la salle des mariages située en face de son bureau de la mairie se remplit joyeusement pour une cérémonie, François-Xavier s’éclipse rapidement. Il doit accompagner une famille à qui il a annoncé, la nuit précédente, qu’elle venait de perdre l’un des siens dans un accident sur la voie publique. Des rires aux larmes, François-Xavier prend toute cette vie à bras-le-corps. Il n’a que 25 ans, mais la main qui le conduit est éternelle : « Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, je cherche l’Espérance ».

Isabelle de Chatellus

Article paru dans Sources - Sept/oct 2011 - N°254

© Diocèse de Versailles - 2014

www.catholique78.fr, le site Internet de l'Eglise catholique en Yvelines