Homélie de la messe chrismale 2011

, le 20.04.2011

"J’ai bien lu l’ensemble des propositions [du synode] et désire être attentif à l’ensemble de ce qui a été dit par les groupes."

Homélie de la messe chrismale 2011

 

Homélie

« Puisque tu nous as consacrés en lui, (le Christ), fais que nous soyons pour le monde les témoins de l’Evangile du salut » (Collecte de la messe chrismale)

Cette prière des baptisés commence par une louange : "Tu nous as, ô Père, consacrés en Jésus ton Fils".

Nous sommes appelés à reconnaître un fait: non seulement nous sommes venus au monde, mais, à la suite d’une autre initiative divine, nous avons été consacrés au service du monde que Dieu aime et veut sauver.

Cette orientation à la sainteté et ce don de la sainteté  nous dépassent complètement et nous étonnent chaque jour. D’abord parce que nous n’y sommes pour rien, mais aussi parce que,   chaque jour ou presque, nous cédons ou composons encore avec le péché et la mentalité païenne…
Ce don que nous n’avons ni anticipé ni prévu, que nous n’avons pas imaginé, n’est pas un don parmi d’autres. Ce n’est pas un surplus spirituel. Le Fils en se faisant l’un d’entre nous vient nous entraîner à sa suite comme disciples pour faire de nous des êtres libres, morts au péché et vivants pour Dieu. En tombant en terre, Il dépose en nous le germe de la foi qui sauve.

? De cela nous avons déjà pu avoir un aperçu pendant la première étape du synode.

C’est bien ce qui a été compris au moins intuitivement par les groupes qui ne sont pas partis d’abord de leur propre parole, mais de la Parole de Dieu entendue ensemble dans la foi.
Nous avons reconnu ce don chez nos frères et sœurs, et ce fut l’occasion d’une vraie joie, en  faisant connaissance les uns avec les autres non à partir de nos caractères, de nos tribus, de nos métiers, de nos âges, de nos fonctions dans le monde ou dans l’Eglise mais à partir de nos histoires saintes. A partir de notre baptême, un échange en profondeur à partir de la grâce première, ce qui nous est à la fois le plus personnel et le plus en commun, notre foi.

Et c’est pourquoi la demande la plus profonde qui jaillit de nos cœurs, à travers les souhaits que nous avons formulés pour notre communauté, pour notre diocèse, est demande de sainteté, demande de correspondance entre ce que nous pratiquons et ce que l’alliance avec Dieu nous demande.

Si nous demandons des changements chez les autres ou des changements dans une pratique que nous avons du mal à recevoir ou à comprendre, si nous demandons une plus grande efficacité,  nous osons surtout demander la sainteté ! C’est une demande de conversion au Christ Sauveur, pour nous laisser sauver et croire au salut, dans toute sa profondeur eucharistique.
C’est pourquoi aussi notre prière ce soir se continue et se fait demande. : "Fais que nous soyons pour le monde les témoins de l’Evangile du Salut » .Au cours de ce synode, nous demandons la conversion de nos cœurs pour être davantage et mieux les témoins de l’Evangile du salut. Dans un monde que nous voyons changer à toute vitesse.   

Déjà dans cette première phase du synode, des initiatives missionnaires ont eu lieu en direction du « premier cercle », celui des pratiquants occasionnels et parfois du second, les non pratiquants : depuis le non croyant fier de parler de son petit fils qui demande le baptême jusqu’à ces équipes constitués de collègues de travail ou de voisins ou d’amis.
Nous savons bien que l’Esprit nous pousse à oser proposer, à oser agir, à oser lui faire  confiance, davantage.  

L’onction de l’Esprit nous convertit. Ce n’est pas vers nous que nous voulons conduire, nous n’ambitionnons pas de remplir les rangs d’une religion, nous voulons servir tout homme et tout l’homme dans sa beauté de créature aimée et conduite à la joie du salut. Parce que nous savons que  « tous sont cherchés par lui » (Is 65, 1- Rm 5,10 ). Comme le dit encore Isaïe : « Avant qu’ils appellent, moi je répondrai ; ils parleront encore que j’aurai déjà entendu » (Is 65,24)

De ces groupes ont émané des réflexions et des propositions. Leur lecture donne à deviner nos manières de vivre en baptisés, de nous entendre les uns les autres, et de chercher à vivre en chrétiens.
Les plus jeunes ont exprimé les désirs de leur intelligence et de leur coeur pour la mission et la vie chrétienne au milieu du monde ; parmi les plus anciens, beaucoup ont confié leur joie de croire, mais aussi ce qu’ils perçoivent de leurs enfants absorbés par le travail, apparemment loin de l’Église, dont certains ont connu des échecs dans le mariage et des rejets sociaux après un divorce ; et parmi ceux et celles qui, très pris, voire surmenés par leur travail et leurs obligations familiales, proposent des initiatives, mais ne voient pas comment s’y impliquer eux-mêmes.

? La célébration de la session du synode à l’Ascension sera intense mais aussi ramassée dans le temps, sur trois jours. Il s’agira pour les 400 délégués de se prononcer sur des motions et des propositions d’action concrète, valables et opératoires pour tout le diocèse.  

De toutes les réflexions rapportées par les équipes synodales se dégagent six grands sujets. Ils sont regroupés autour de trois grandes lignes d’action que je propose à l’attention et au travail de l’assemblée synodale. Ces sujets touchent au cœur-même de notre vie baptismale de priants, de prophètes et de serviteurs, dans le Christ, de l’amour de Dieu.

  1. Vivre à fond le Dimanche : il s’agit de mieux vivre de la liturgie et de réinvestir la journée même du Dimanche.  
  2. Témoigner de l’Evangile aujourd’hui : il s’agit de s’engager dans la nouvelle évangélisation, et pour cela de nous laisser former et transformer par l’Evangile  
  3. Servir au milieu du monde : il s’agit de servir activement l’homme et la femme dans leur travail, qu’il soit ou non professionnel, et de servir la grandeur de la vie humaine à tout âge, notamment au grand âge.  

Chaque sujet donnera l’occasion de travailler une motion, comportant une dizaine d’articles, et de réfléchir aux actions concrètes qui peuvent en découler.

La quasi-totalité des apports des groupes s’y retrouvera, même si c’est dans une formulation synthétique, et le synode pourra aussi demander que certains sujets, insuffisamment élaborés pendant la session, fassent l’objet d’études et de décisions dans les années qui suivent. Quoi qu’il en soit, j’ai bien lu l’ensemble des propositions et désire être attentif à l’ensemble de ce qui a été dit par les groupes.

Comme vous le voyez, notre synode  cherche à engager un travail de fond, et ne vise pas d’abord les décisions de type organisationnel, qui pourront suivre ; il cherche à accompagner et à stimuler l’accueil de la seule chose qui soit extraordinaire dans notre vie ordinaire, je veux dire l’accueil et la mise à la disposition  des chrétiens à la présence et à l’action de Dieu en ce monde.

? Que nous faut-il faire maintenant ?  Prier intensément pour que la session synodale se déroule dans l’écoute de l’Esprit et nous aide à avancer là et comment le Seigneur le veut.

L’onction de l’Esprit nous adapte. Il ne convertit pas aux modes et n’édulcore pas l’Evangile du Christ pour le transformer, ou retrancher ce qui gêne ou ce qui provoque ou ce qui est radicalement nouveau,  mais il nous adapte à la présence de Jésus pour être ses témoins dans le monde et y découvrir  les attentes profondes  de Dieu.

Comme nous y invitait un des conférenciers, il nous faut devenir des disciples d’Emmaüs : à partir du moment où dans le partage eucharistique ils découvrent le Christ, ils passent de leurs réflexes de retour à leur pré carré, de leurs habitudes sans vision à l’ouverture concrète et réelle à leurs voisins et au monde, avec et à la suite du Christ.
Les fêtes de Pâques et cette liturgie de la messe chrismale ouvrent à ce mystère auquel nous a sensibilisés le thème même du synode. Vivons pleinement ces fêtes, dans la joie de la Foi !

Mgr Eric Aumonier
Messe chrismale - Mardi 20 avril 2011

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