Peut-on avoir un chemin de foi en prison ?

Depuis mai 2008, l’Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs (EPM) de Porcheville, dans les Yvelines, accueille une cinquantaine de jeunes détenus, de 13 à 18 ans, venant de toute la région parisienne. Une petite équipe d’aumônerie catholique s’efforce de les accompagner au mieux, en groupe ou en discussions individuelles, quelques soient leurs parcours, leurs origines, leurs confessions… Le père Etienne Guillet témoigne.

Peut-on avoir un chemin de foi en prison ?

Amis et paroissiens, beaucoup nous demandent : « mais ces jeunes, ont-ils vraiment un chemin spirituel ?  Se posent-ils des questions de foi ? » Sans tarder, je peux répondre : et oui, on parle de Dieu en prison ! Certes, de beaucoup d’autres choses aussi, mais assez souvent et facilement de la foi !

Depuis l’ouverture de ce nouvel établissement, nous avons la joie de transmettre une Bible à ceux qui le demandent. Qu’est-ce que cela signifie ? Je voudrais m’y arrêter…

« Je voulais que Dieu entende bien mon angoisse »

Offrir la Bible en détention, c’est transmettre un livre, un texte, une Parole de vie.

Un livre… Pour beaucoup de ces jeunes, parfois peu lettrés, la simple présence du livre saint dans la cellule manifeste quelque chose de la proximité de Dieu. Félix a dit : « cette nuit, j’avais tellement de soucis dans ma tête, que j’ai dormi avec la Bible sous mon oreiller. Je voulais que Dieu entende bien mon angoisse et mon désir de sortir vite ».

Un texte… Très régulièrement, un jeune témoigne de son émerveillement devant le texte biblique, pourtant souvent si loin de sa culture, de son langage, de ses codes. Ainsi Benjamin : « Tu sais, c’est magnifique, ce que j’ai lu dans les Proverbes : c’est très juste ce qu’ils ont écrit là. Ca se lit facilement et je comprends presque tout. Je lis et relis : ça me fait beaucoup réfléchir, ça m’apaise ».

Une Parole de vie…
Au cœur de la détention, il arrive bien souvent qu’un jeune manifeste une authentique ouverture de cœur à la foi chrétienne. La parole ancienne peut alors résonner chez lui comme une Parole d’une grande puissance, le rejoignant au lieu même de ses fractures, de son combat, de ses espoirs de relèvement… Bien vivante la Parole : voici qu’elle rattrape et saisit parfois un jeune, bien loin pourtant d’être un enfant de chœur !

« Moi aussi, je crois qu’il est vivant ! »

Comment oublier cette simple demande d’Yves, exprimée dans le secret de sa cellule : « s’il te plait, relis-moi encore l’histoire du bon larron… » ? Car, la parole de Jésus en croix, il la prenait très au sérieux, lui le cambrioleur multirécidiviste de 17 ans, expert en coffres-forts.

Comment ne pas être ému, plusieurs mois après, par cet échange sidérant, introduit par Fabrice : « C’est beau cette histoire de Jésus. Sans blague, tu y crois, toi, qu’il est ressuscité et toujours vivant ? » « Oui, j’y crois » (Après un silence) : « Moi aussi, j’en suis sûr, je crois qu’il est vivant ! »…

Depuis la nuit de la prison, son cri, véritable confession de foi, se mêlait à celui de Pierre, de Thomas, du centurion romain…

Nos jeunes ne sont pas des enfants de chœur, mais ils restent enfants de Dieu, et leur cœur sait encore prier.

L’aumônerie veut être à leur côté pour les aider à grandir en tout ce qui fait leur vie : relations à leurs parents, à leurs bandes de quartier ; rapport à la violence ; relecture de leur acte transgressif ; encouragement pour leurs projets d’avenir…

Mais ce chemin de vérité exigeant, nous croyons qu’ils ne pourront l’emprunter vraiment qu’en se découvrant aimé de Dieu. L’aumônerie se veut alors la marraine, fidèle et discrète, d’une relation souvent découverte derrière les barreaux entre l’humain fragilisé et le Seigneur au regard bienveillant.

 
P. Etienne Guillet, 35 ans.
Prêtre du diocèse de Versailles, en paroisse à Mantes la Jolie – Mantes la Ville.

Publié par Jeunes Cathos Blog le 13 mars 2012 - Société, Vie de l'Eglise