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Journal Diocésain
Qu’est-ce qu’un aumônier d’hôpital ?
Le 11 février, l’église porte particulièrement son attention aux malades en célébrant la journée mondiale du malade. L’occasion de se rappeler que l’Eglise est présente dans le monde de la santé avec les aumôniers d’hôpitaux nommés par l’évêque et sous contrat dans les hôpitaux publics. Rencontre avec sœur Marie-Françoise Imbert, aumônier de l’hôpital de Mantes pendant sept ans.
Etre aumônier d’hôpital, en quoi cela consiste au quotidien ?
L’aumônier d’hôpital doit articuler deux dimensions importantes dans sa mission. Il assure une présence d’Eglise et il est régi par un statut public. Cela suppose qu’il vit une mission qui lui est confiée par l’Eglise. Nous recevons en tant qu’aumônier une lettre de mission de l’évêque par l’intermédiaire du délégué diocésain de la pastorale de la santé. Cette charge pastorale, l’aumônier la partage avec son équipe de visiteur d’hôpital. Mais, il vit cette mission dans un endroit où il n’est pas maître des lieux. L’aumônier est accrédité par la direction de l’hôpital et signe un contrat de travail. Cette mission, les aumôniers d’hôpitaux la vivent donc avec beaucoup de discrétion, de délicatesse et de respect pour chacun. Nous sommes présents à tous : malades, mais aussi familles, entourages et personnels soignants. Il ne faut pas oublier qu’un hôpital est une véritable ville. A Mantes, il y a 650 lits répartis dans quatre bâtiments, et 1800 salariés. L’accompagnement des malades peut se faire à plusieurs niveaux. Il y a la demande de prière et de soutien pour la foi, et la demande d'accompagnement face aux questions qui se posentau moment de la maladie et de la mort.
Depuis quelques années, il existe une formation régionale pour les aumôniers d’hôpitaux. Nous recevons d’abord une information nécessaire sur le fonctionnement d’un hôpital. Puis une formation à l’écoute et à l’accompagnement. Il n’y a jamais de réponses toutes faites. Nous apprenons à percevoir la personne là où elle en est. La maladie arrive dans le cours d’une histoire : familiale, spirituelle, professionnelle, personnelle. Comprendre ce que vivait la personne au moment où l’accident ou la maladie sont survenus, permet d’ajuster sa présence et ses mots. Dans un hôpital, les personnes ne pensent pas forcément à demander la visite et la présence d’un aumônier, alors notre rôle est aussi de passer spontanément régulièrement dans les services, d’être attentif à ce qui s’y passe. Parfois le personnel a aussi besoin d’échanger quand une situation difficile a été vécue dans le service. Il y a des questions d’éthique en réanimation ou en maternité… Il faut savoir se rendre disponible et être à l’écoute pour ces échanges personnels. A Mantes, quelques soignants sotn d'abord venus, individuellement, pour un temps de prière ou de partage. Pui, nus avons fait la proposition d'une équipe synodale : une dizaine de personnes se sont retrouvées (médecins, soignants, agents hospitaliers...). Les échanges furent très riches et les rencontres tant appréciées que nous avons continué après le synode et élargi le groupe.
N’est-il pas difficile pour un aumônier catholique de trouver sa place dans un hôpital public ?
La présence de l’aumônerie est en générale reconnue et l’hôpital nous fait confiance. Mais il y a toujours cette question en fond : « Qu’est-ce que vous venez faire ici ? » L’aumônerie est toujours liée dans les esprits à un acte religieux. Il nous faut tisser des liens jour après jour pour que notre place soit bien posée. Nous sommes attentifs au besoin spirituel de chacun. Tout être humain a une dimension spirituelle, c’est ce qui fait sa beauté et sa dignité. Les questions qui se posent devant la maladie et devant la mort sont la trace de cette dimension. L’aumônerie articule ce besoin spirituel et le religieux. C’est également une porte d’entrée pour une évangélisation en profondeur. Nous proposons la bonne nouvelle de Jésus Christ, mais pas forcément de manière explicite et directe. Le simple fait que nous soyons envoyés par l’Eglise suscite des questions, des réactions, des désirs qui renaissent. Tout ceci se construit dans la parole où s’exprime la vérité du cœur. L’aumônerie est le lieu de la Parole. Une parole qui laisse passer la lumière. Quand la vérité se dit, le chemin vers Dieu se trace et Dieu nous attend au bout. Mais nous laissons aussi une place au silence. Le silence est là pour que la parole vienne. Le silence de l’écoute laisse l’espace à l’autre et dispose intérieurement à accueillir ce que l’autre veut offrir et partager.
La présence d’aumôneries d’hôpital est de plus en plus remise en cause. Quel est l’enjeu de cette présence et quelle serait la perte si ces aumôneries fermaient ?
Les aumôneries d’hôpital posent la question de la laïcité et de la visibilité. Les pouvoirs publics ne savent pas comment traiter cette laïcité, c'est une vraie difficulté. L’Etat ne finance pas les cultes mais doit permettre la liberté de culte. Aujourd’hui, on parle de « respect de liberté de conscience et d’option spirituelle ». Il y a un glissement de langage significatif à noter. Une liberté ne peut pas s’exercer sans moyen matériel. Elle implique un lieu de culte, un référent et un bureau pour accueillir. Pour les catholiques, le référent est clairement identifié, mais pour les autres religions, ce n’est pas si simple : les pouvoirs publics n'ont pas forcément un interlocuteur. Les aumôniers catholiques sont aussi souvent amenés à faire le lien avec d'autres cultes selon les demandes. Dans des milieux très multiculturels, les aumôniers d'hôpitaux sont au coeur d'un travail interreligieux à faire.
La présence de l’Eglise passe non seulement par l’aumônier mais par la communauté qu’il forme avec son équipe. Nous sommes un visage, une cellule d’Eglise dans ce lieu, et ça, c’est très important. Porter la bonne nouvelle implique aussi d’aller à la rencontre, de se mettre en mouvement, de suivre l’évolution de la société, de la science, du système de santé… En allant vers tous, dans la diversité des positions par rapport à l’Eglise, diversités des histoires personnelles et des origines sociales, des questions profondes surgissent, des démarches de réconciliation se font, des chemins de conversion s’ouvrent en chacun. Nous posons sur les personnes rencontrées le regard que l’Eglise pose sur toute personne. A l’hôpital, l’Eglise a quelque chose à dire sur la personne humaine, c’est tout l’enjeu de sa présence. Pendant ces sept années d’aumônier, j’ai appris que l’hôpital est un lieu d’accueil de la vie dans sa beauté et sa fragilité. C’est un lieu de présence du Seigneur qui travaille les cœurs. J’y ai fait l’expérience de la confiance du Seigneur.
Propos recueillis par Faustine Marie
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