Une année de fondation spirituelle

A la question : «Pourquoi une telle année ?»,Monseigneur Eric Aumonier répond :

"Pour découvrir la grâce d’être disciple, pour ancrer solidement sa vie dans la rencontre personnelle du Seigneur. Pour entendre ce qu’Il veut et se disposer à Lui dire : «que Ta volonté soit faite», au cœur de ce temps de «désert» gratuitement offert !"

Les objectifs

Il s’agit de permettre aux jeunes de vivre une authentique expérience de Dieu, à travers l’écoute de sa Parole, la célébration quotidienne de l’Eucharistie et de la Liturgie des Heures, et la charité fraternelle vécue au sein de la maison et auprès des personnes pauvres ou malades, rencontrées chaque semaine. 

Cette expérience de Dieu doit susciter une vraie démarche de conversion et contribuer à ce que chacun puisse se déterminer librement à vouloir suivre le Christ là où il l’appellera. 

Au service de cette expérience spirituelle, l’accompagnement spirituel vient aider chacun à mieux comprendre les chemins intérieurs par lesquels le Seigneur le conduit et à mûrir ainsi une décision de vocation libre et réfléchie. 

Les cours fournissent les données de la foi nécessaires pour nourrir leur rencontre avec le Christ, pour des hommes qui souvent n’ont pas reçu un enseignement complet de la foi. Cette année est centrée sur le baptême, la vie chrétienne et l’appel à la sainteté qui en découle.

Deux temps forts rythment cette année : le mois à l’Arche auprès des personnes handicapées et la grande retraite selon les exercices de St Ignace en fin d’année.

La formation

Au service de ces jeunes, une équipe de formateurs a été constituée. Elle comprend actuellement quatorze prêtres, dont le prêtre responsable que je suis. Certains assurent un ou plusieurs enseignements chaque semaine et d’autres assurent un ministère d’accompagnement spirituel. Cette équipe comprend à la fois des prêtres diocésains, un prêtre eudiste, des prêtres jésuites, et un prêtre assomptionniste.

Chaque semaine une personne laïque vient assurer la classe de chants.La formation qui est donnée à la Maison Saint Jean-Baptiste offre une grande place à la Parole de Dieu. Elle est écoutée dans la liturgie, méditée personnellement dans la lectio divina et la Bible est lue dans son intégralité selon une progression qui est commentée chaque semaine.

Cette place prépondérante de la Parole de Dieu se comprend d’autant mieux qu’il s’agit bien pour chacun au cours de cette année d’apprendre à connaître le Père là où il se révèle et d’apprendre à connaître le Christ qui appelle chacun à marcher à sa suite.

La vie communautaire

Le style de vie très communautaire encourage à sortir de soi-même pour s’ouvrir aux autres et tisser de fortes relations d’amitié. Lors des rencontres communautaires, la parole est donnée à ceux qui souhaitent la prendre afin de permettre à chacun de mieux s’approprier ce qui est vécu et pouvoir exprimer des souhaits qui peuvent aboutir à des aménagements dans la vie quotidienne.

Cette vie communautaire n’est pas repliée sur elle-même. Il est fréquent que des prêtres viennent célébrer l’Eucharistie et partager un repas. Parfois le repas se prolonge par un temps d’échange. Pour ces jeunes qui ne connaissent en général que quelques prêtres, ils découvrent des prêtres différents par l’âge, la sensibilité et la façon de vivre leur ministère. Autour de la table, et souvent d’une bonne table, les invités se prêtent volontiers aux questions qui leurs sont posées. Un vrai dialogue peut s’établir dans un climat de confiance.

Pourquoi les jeunes apprécient la Maison saint Jean-Baptiste ?

Venus d’un monde agité, où tout va de plus en plus vite, ils découvrent un lieu de paix et de silence qui favorise le cœur à cœur avec Dieu. 

Venus d’un monde qui les sollicite en permanence, ils découvrent un lieu qui aide à unifier sa vie dans le Christ. 

Venus d’un monde marqué par l’égoïsme et l’individualisme, ils apprennent à vivre ensemble dans la charité fraternelle. 

Et pourtant vivre à la Maison Saint Jean-Baptiste ne place pas ces jeunes hors du monde.

Les invités chaque semaine apportent avec eux les joies, les difficultés et les questions que leur pose la vie quotidienne. Chaque mercredi après-midi, ils se rendent dans les maisons de retraite ou cliniques. Là avec des laïcs en responsabilité, ils se mettent au service de ces personnes visitées en apprenant à reconnaître en elles le Christ souffrant.

Les temps de sport se répartissent en deux après-midi par semaine. A cela s’ajoute un temps de détente entre nous le samedi soir. Quant aux sorties, le jeudi soir et le dimanche s’ils le souhaitent, ils peuvent rencontrer leur famille, voir leurs amis et retourner dans leur paroisse.

Ce qu’en disent les jeunes eux-mêmes

Témoignage qui montre quel peut être l’état d’esprit d’un garçon avant d’entrer et ce qu’il peut en dire neuf mois plus tard :

« L’année Saint Jean-Baptiste... J’avoue que je ne voulais pas y venir! Je voulais être prêtre et ne pas perdre de temps avec une année de retraite!! J’avais peur de découvrir des collègues bizarres... Et pourtant, je suis venu! J’ai vu, je repars convaincu!! Une année de très grandes grâces! Je croyais trouver des collègues de travail pour se former à la théologie, j’ai trouvé des frères, proches en cœur et en Christ! Je croyais me former intellectuellement, et j’ai découvert que l’Homme est fait pour prier Dieu et pour vivre avec Lui!! Je voulais apporter mon soutien aux pauvres dans les différents services, et eux m’ont appris peut être la seule chose que je devrais retenir de cette année, que nous sommes appelés à aimer, tout simplement! »

  • Se mettre en retrait

Cette année étant vécue à temps plein, les jeunes qui y entrent arrêtent leurs études ou leur travail, ils quittent le domicile familial ou leur logement personnel. Ils cessent aussi toute activité pour partir « au désert ». Voilà ce que dit l’un d’entre eux : « Mon désert » fut surtout d'être coupé de mes relations, pour me rendre enfin disponible à Dieu. » Un autre parle de cette année comme d’« Une année de coupure par rapport aux années précédentes d’études et de vie étudiante quelque fois (trop souvent) folle, trop peu à l’écoute du Seigneur, où pourtant Il est venu nous chercher, où Il nous préparait malgré tout à L’entendre. »

  • Connaître Dieu, s’attacher au Christ, se laisser conduire par l’Esprit

Ce qui leur est proposé, c’est de venir chercher Dieu, d’apprendre à le connaître, afin d’entrer dans une relation plus personnelle et plus consciente avec lui. 

Voilà ce qu’ils en disent : « L’année à la Maison Saint Jean-Baptiste a d’abord été pour moi un temps de retraite, un temps de départ au désert pour venir faire connaissance avec Dieu. » 

Un autre dit : « Neuf mois où la personne même du Christ se dévoile petit à petit à chacun, dans sa Parole, dans les plus pauvres, dans son Eucharistie ! » 

Et un autre affirme : « une année d’intimité de plus en plus forte avec le Christ. Dans la fidélité à la prière, la fréquentation assidue de la Parole de Dieu, la vie communautaire et le service des pauvres, réunis et magnifiés dans l’Eucharistie, j’ai peu à peu tissé des liens très étroits avec Jésus Christ. »

  • Mieux se connaître en apprenant à connaître le Christ

Certains ont découvert que leur connaissance de Dieu leur a permis une meilleure connaissance d’eux-mêmes : « Je L’ai donc cherché et je me suis laissé rejoindre. Il s’est révélé Lui-même en même temps qu’Il me faisait connaître ce qu’il y a dans mon cœur. » 

Ou encore : « Apprenant jour après jour à mieux connaître le Christ, j’ai pu aussi mieux me connaître moi-même, dans le silence de mon cœur. »

  • Découvrir l’Eglise dans son unité et sa diversité

Cette connaissance de Dieu, du Christ, d’eux-mêmes, s’étend aussi à une connaissance de l’Eglise, à travers les personnes invitées : évêques, prêtres, diacres, personnes laïques engagées dans l’Eglise. « J’ai eu aussi le bonheur de constater que notre Eglise diocésaine est vraiment Corps du Christ : quelle joie de rencontrer tous ces laïcs, prêtres, diacres, missionnaires, engagés autour de l’évêque pour servir de tout leur cœur Jésus mort et ressuscité. Quelle grâce d’avoir pu écouter leur témoignage et voir leurs sourires. Quelle belle unité dans la diversité ! »

  • Se décider résolument à suivre le Christ en vue du ministère presbytéral

Enfin, cette année spirituelle permet de laisser résonner l’appel de Dieu au fond de soi-même pour que puisse mûrir paisiblement la réponse que chacun veut donner à Dieu au terme de l’année. 

« Deux choses sont devenues évidentes à mes yeux : le Christ est le seul roc sur lequel je puis fonder ma maison (cf. Mt VII, 24) ; et je veux suivre Jésus chaque jour de ma vie. Merci mon Dieu pour cette année de bienfaits ! » 

Un autre affirme : « J’ai eu la Grâce d'être confirmé dans l’appel que j’avais pressenti. Je pourrai toute ma vie puiser dans le trésor d’une telle expérience. » 

Ou encore : « Lors de la grande retraite, le Christ m'a fait le don d'un cœur à cœur prolongé et si mystérieux pour répondre à l'appel de marcher à sa suite. »

Ces quelques témoignages en disent beaucoup sur le cheminement intérieur parcouru par les jeunes pendant neuf mois. Mais n’allons pas croire que tout cela se fasse sans difficultés et sans combat intérieur

Demander à tous les candidats au sacerdoce de commencer leur formation par une année de fondation spirituelle n’est pas un luxe mais une nécessité pour offrir à ces jeunes de solides assises humaines et chrétiennes qui seront unificatrices de toute leur formation ultérieure. En entrant dans cette maison, les jeunes font preuve de générosité, en offrant au Seigneur une année de leur vie. Ils y entrent en faisant confiance à la formation qui leur sera donnée. Ils grandissent en humanité et en liberté intérieure. Mais ce ne sont là que des fondations. Il faut ensuite poursuivre la construction de l’édifice, en aidant ces jeunes hommes à ne pas vivre dans la nostalgie de cette maison mais en continuant à s’enraciner plus profondément dans le mystère du Christ. 

 

 

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