"Vent du large" : une proposition scout pour les handicapés

Dix adultes, handicapés mentaux, vivent une chaleureuse expérience d’ouverture et de vie de groupe grâce aux Scouts et Guides de France qui les accueillent dans une formation adaptée : Vent du Large. Embarquons avec eux pour découvrir cette belle aventure

vent du large

« La proposition Vent du Large consiste à accueillir des personnes handicapées adultes au sein d’un groupe scout » explique Jean-Michel, le référent qui fait le lien entre le groupe et les chefs de Vent du Large. Ces équipes existent en France, là où des chefs et cheftaines se lèvent pour encadrer des personnes handicapées ; l’équipe de la paroisse Saint-Symphorien de Versailles a environ quinze ans. Elle réunit une dizaine d’hommes, âgés de 25 à 45 ans, présentant des handicaps très divers : certains travaillent, d’autres sont plus dépendants. Jean, Aurélien, Emmanuel, Jacques et d’autres encore, malgré leur fragilité, sont tous heureux d’appartenir au Vent du Large.

Un scoutisme adapté

Bien sûr, les activités proposées sont adaptées aux capacités et aux besoins des personnes. Comme les scouts, les équipiers de Vent du Large portent un uniforme : une chemise verte. « Comme les scouts, ils reçoivent leur foulard et leur insigne quand ils arrivent dans le groupe, en signe d’accueil » précise Jean-Michel. C’est un moment important car chacun est une personne unique et importante, appelée à vivre les valeurs prônées par le scoutisme, selon ses possibilités. Ceux qui le souhaitent peuvent également faire leur promesse ; certains faisaient déjà du scoutisme quand ils étaient plus jeunes.

Les sorties ont lieu environ une fois par mois. « On leur propose des activités originales, qu’on ne fait pas forcément avec des scouts : une sortie au cinéma ou à la piscine par exemple » raconte Isabelle qui fut cheftaine Vent du Large pendant deux ans. Une belle promenade dans la nature peut très bien se terminer par un repas au restaurant. « L’organisation des sorties est donc plutôt simple : nous avons affaire à des adultes et il n’est pas nécessaire de développer l’imaginaire comme chez les scouts. Ils sont toujours très contents, poursuit-elle, car pendant quelques heures, ils quittent leur foyer d’accueil ou le domicile familial et acquièrent un peu d’autonomie. »

Le camp d’été, centré autour d’une activité ou d’un thème, est très attendu. Il dure une dizaine de jours : voile en Bretagne il y a deux ans, olympiades en Dordogne en 2010, et même un voyage à Venise, il y a quelques années… Le concours de cuisine n’est pas oublié, une occasion pour Cyril, un des membres de l’équipe, de se mettre aux fourneaux. « Il aime faire la cuisine et a toujours de nouvelles recettes à nous proposer » souligne Isabelle, qui les connaît - et les aime - tous personnellement. Une famille prête chaque année une camionnette pour faciliter les déplacements. Les parents, dont certains sont âgés, sont heureux de voir leur enfant s’épanouir au sein d’un groupe scout. Noëlle, la maman d’Aurélien, confirme qu’il garde longtemps les bienfaits du camp : « Le camp lui donne l’occasion de partir, comme n’importe quel autre jeune, et c’est extraordinaire pour lui. »

Sous le signe du partage

Deux fois par an, l’équipe Vent du large rejoint tout le groupe : à Noël et pour le week-end de fin d’année. « Ce sont des moments très forts et très importants, explique Jean-Michel. Toutes les unités sont associées lors du grand jeu et de la veillée : les Vent du Large sont appréciés et ils tiennent leur place. C’est le but du jeu. » Aurélien, qui est scout Vent du Large depuis plus de dix ans est heureux de partager ces temps forts avec les maîtrises et de retrouver, dit sa maman, « des copains comme lui, qu’il a appris à connaître et avec lesquels il s’est lié d’amitié. »

Les valeurs du scoutisme sont vécues sous le signe du partage et de la réciprocité. Handicapé ou non, chef ou scout, chacun reçoit ce que l’autre peut donner et c’est un enrichissement mutuel permanent. « Chacun est différent et apporte sa pierre à l’édifice, renchérit Isabelle ; dans l’unité, les problèmes personnels s’oublient. » Elle se dit touchée de les voir échanger entre eux : « ils se font des câlins, ils jouent, ils rient : c’est leur mode de communication. »

La dimension spirituelle n’est pas toujours facile à vivre, mais elle est possible. Lors des camps, les Vent du Large ont des moments d’échange privilégié avec les chefs et cheftaines où certaines questions peuvent être abordées. Quatre valeurs sont développées : le respect, le sens du service, le dépassement de soi et la joie. Aurélien et Pascal - qui sont « les blagueurs de service » précise Isabelle – pourraient sans doute, malgré leur vulnérabilité, nous montrer le chemin de la joie.

Chefs et cheftaines

Pendant plusieurs années Isabelle, Matthieu et Benoît ont formé la fine équipe de chefs et cheftaine qui encadraient les Vent du Large. « C’est très enrichissant, témoigne Isabelle, on donne beaucoup, mais on reçoit encore plus. Nous avons la satisfaction d’avoir mené à bien un projet… et de voir leur sourire, par exemple quand on fait du bateau ! » Contrairement aux idées reçues, « devenir chef ou cheftaine Vent du Large ne demande pas de compétences particulières : même le BAFA n’est pas exigé puisqu’il s’agit d’adultes qui encadrent des adultes » explique Jean-Michel. Certes il y a une formation délivrée au niveau national pour que les chefs puissent s’adapter au mieux aux personnes handicapées. « Mais l’essentiel est de faire preuve de qualités humaines, poursuit Jean-Michel : patience, amour, désir de les stimuler, de les faire progresser, chacun à sa manière. » Une maman témoigne : « Notre fils a été entouré par des gens extraordinaires, très attentionnés qui lui offrait respect, calme, fraternité et qui partageait les mêmes convictions religieuses. »

Isabelle, Benoît, Matthieu ont quitté leur engagement, appelés vers d’autres horizons pour leurs études ou leur activité professionnelle. Les Vent du Large, n’ayant plus de chefs pour les encadrer, ne peuvent alors se réunir et partager entre eux et avec les scouts des moments d’amitié. Isabelle est vraiment affectée qu’il n’y ait personne pour prendre la relève car elle voudrait bien que Pascal, Cyril, Jean et tous les autres reprennent leur vie d’équipe. « Je suis prête à venir de Bordeaux où j’habite désormais, pour passer un week-end à Versailles, aider et conseiller ceux qui se lanceraient dans cet engagement » assure-t-elle. Sa double expérience de cheftaine de scouts et de cheftaine Vent du large lui permet d’affirmer : « Non seulement ce n’est pas un engagement qui accapare tout le temps libre mais en plus c’est un engagement qui procure beaucoup de joie. » Et Jean-Michel confirme : « Quand on passe quelques heures avec les Vent du Large, on ne veut plus les quitter, car ils sont très attachants. »

Alors un appel pressant est lancé pour que les Vent du Large continuent à voguer !

Pour tout renseignement, contacter les responsables des Scouts et Guides de France : Laurent et Hélène Berger

SOURCE : Site internet de la paroisse Saint Symphorien de Versailles

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