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Entre deux assemblées du synode pour la famille : inconfort ou espace de méditation créative ?


Le Pape François avait annoncé la couleur dès le départ : le synode pour la famille serait un long chemin (« synodos » en grec) fait de plusieurs étapes. Il est vrai qu’un tel thème, objet de tant de remises en questions mais aussi d’espérances dans les cœurs des jeunes en particulier ne pouvait trouver de réponses à ses problématiques en une assemblée, ni même quelques mois.

Quelle suite à donner à la première assemblée synodale sur la famille ?

C’est dans plus d’un an que la clôture du synode se fera. Et nous n’en sommes presque qu’aux prémices. Pourtant, on ne peut ignorer ni la densité du travail déjà effectué, ni les bruits médiatiques nombreux et variés qui ont occupé la scène internationale à son sujet, parfois au détriment de la réalité. Où en sommes-nous aujourd’hui, et que pouvons-nous attendre de la suite, voire, apporter à ce travail d’Eglise ?

La première assemblée du synode, assemblée extraordinaire, convoquée donc pour urgence d’après le code de droit canonique (mais dans le temps de l’Eglise, urgence signifie souvent importance fondamentale), s’est déroulée sur deux semaines en octobre dernier avec pour thème précis : « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ».

La première semaine a consisté en une série d’auditions variées d’évêques, de prêtres ou religieux, de laïcs et de couples. Ces auditions ont surtout répondu à l’attente du Pape de pouvoir mesurer comment, concrètement dans le monde entier, l’expérience chrétienne de la famille est une ressource importante, une « Bonne Nouvelle » pour les hommes et les femmes de ce temps. Semaine d’écoute mutuelle de tous les participants en présence d’un Pape très attentif. Belle image d’une Eglise qui recueille les fruits des expériences missionnaires et des rencontres avec le monde actuel et ses problématiques.

La deuxième semaine, les participants du synode répartis dans dix groupes de travail linguistiques ont échangé à partir du document d’étape qui fit tant de bruit, en évoquant notamment les points d’attention pastorale qui leur semblaient importants à développer à l’avenir. L’ensemble de ces travaux a abouti, à la Relatio synodi, rapport final de cette première assemblée, rendu public et diffusé en français par la Documentation catholique.

Trois remarques peuvent nous aider à comprendre les enjeux de ces mois à venir :

  1. Cette Relatio Synodi n’est pas un document du Magistère de l’Eglise, mais bien un document servant de base de travail (lineamenta) pour préparer, pendant les mois qui viennent, la deuxième assemblée synodale, ordinaire cette fois-ci, qui aura lieu on octobre 2015 sur le thème précis : « La vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde ». Les conférences épiscopales du monde entier vont recevoir en décembre une grille de lecture de ce rapport pour continuer d’y réfléchir et de faire remonter au Vatican le fruit de leurs réflexions.
  2. Comme on peut le constater à la lecture de la Relatio Synodi, le travail à venir est un travail de réflexion pastorale. Nul objectif de remettre en question la doctrine de l’Eglise. Il est du reste assez impressionnant de voir combien les membres du Synode se sont accordés sur la réaffirmation claire et précise de cette doctrine concernant le mariage, notamment en la resituant par rapport à la « famille des origines » et à toute l’histoire du Salut, qui intègre le moment de la chute, c’est-à-dire, du premier péché, mais montre aussi clairement l’Espérance apportée par le Christ, « qui a réconcilié toute chose en lui ». Est manifeste le travail de recherche de mots pour remettre en lumière les fondements du mariage chrétien, resitué dans l’histoire du salut et de l’Eglise, et en même temps dans la vie chrétienne. Il y a dans ce rapport toute une catéchèse qui synthétise ce que le synode appelle « l’Evangile du mariage » : Savions-nous seulement qu’il existait un évangile du mariage, intégré, harmonieux, cohérent et unifié ? Voilà de quoi méditer, seul, en couple, ou en petits groupes. Les références bibliques et magistérielles ne manquent pas dans ce rapport.
  3. La Relatio Synodi, à partir des réaffirmations fondamentales concernant « le mariage et la famille », laisse des questions grandes ouvertes, qui sont des questions pastorales. Ce sont soit des questions qu’on peut appeler « d’approfondissement », concernant par exemple la préparation au mariage, l’accompagnement des premières années de vie conjugale, l’aide à l’éducation des enfants ou encore le soin pastoral envers ceux qui sont mariés civilement ou vivent en concubinage. Mais il y a aussi des questions qui en sont encore à la phase exploratoire en termes de pastorale, et parlent essentiellement de « soin », d’ « attention », à l’égard des personnes fragiles ou blessées par rapport à la vie et à l’Eglise comme les personnes séparées, divorcées, divorcées-remariées, monoparentales, ou les personnes touchées par l’homosexualité. Il y est question de « pastorale de la charité et la miséricorde » et du développement d’un « art de l’accompagnement ». Tout un programme.

Et notre diocèse dans cette période de l’entre-deux assemblées ?

Toute liberté est laissée à chaque diocèse quant à sa façon de vivre cette période d’appropriation et de maturation de cette Relatio Synodi. Sur le diocèse de Versailles, les doyens, les prêtres, les diacres et les équipes d’animation pastorale seront encouragés à travailler le rapport et le méditer. Chaque fidèle peut, individuellement ou en petits groupes, s’emparer également de ce texte pour se préparer à suivre puis accueillir les réflexions de la deuxième assemblée. Parce qu’il est essentiel d’entrer d’abord dans l’intelligence de l’Evangile de la famille et de son rapport au monde d’aujourd’hui, avant même d’ imaginer les progrès pastoraux à mettre en œuvre pour faire en sorte que tous se sentent accueillis dans l’Eglise du peuple de Dieu. Face à un tel enjeu, et pour conserver l’esprit de l’Eglise qui est de rendre toujours plus visible la révélation du Salut apporté par le Christ, le cap nous est donné dans la Relatio Synodi : tenir ensemble une double attention. Une attention aux signes de Dieu, et une attention aux signes de l’histoire des hommes. Cela exige le savant alliage de la Vérité et de la Miséricorde qui apparait plus d’une fois dans le rapport. Quelle tension à tenir ! In fine, à l’issue de la deuxième assemblée du synode, c’est le Pape qui a autorité pour décider de ce qui est bon pour le peuple de Dieu. Lourde et précieuse charge…