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Saint-Martin de Sartrouville


Il faut créer une œuvre liée à ce qu’on croit. »
Fin avril 2009, l’église Saint Martin de Sartrouville achevait sa métamorphose. Pour fêter dignement son millénaire, elle avait retrouvé la fraîcheur et l’éclat de sa jeunesse. C’est en effet en 1009 que les Bénédictins construisirent une première église sur la petite colline offerte par Robert II le Pieux, fils d’Hugues Capet.

sartrouville-eglise-escalierMille ans plus tard, tout était prêt pour les festivités destinées à célébrer cet anniversaire historique et marquer la fin d’une rénovation exemplaire.

Lors de notre visite, l’autel et l’ambon venaient d’être posés à leur emplacement mais pas encore libérés de l’épaisse enveloppe de plastique qui les protègeait. Arrivant de Rochetaillée sur Saône, bourg situé à 15 kms au nord de Lyon, le sculpteur Jean-François Ferraton et son compagnon les dégagent peu à peu de leur gangue. Apparaissent alors un bloc de pierre et de verre légèrement incurvé sur les côtés avec, face à l’assemblée, quatre bandes dorées qui jaillissent du socle vers le ciel, l’autel, et sur la gauche, l’ambon en verre épais. Pour l’autel, l’artiste veut du solide et la pierre s’impose pour affermir la foi. Il la recouvre en partie d’or, symbole du sacré.

Les fidèles fréquentant l’église Jean XXIII de Sartrouville reconnaissent le style de Jean-François Ferraton déjà choisi pour réaliser l’autel, l’ambon, le tabernacle et une croix de verre pour cette communauté chrétienne toute proche. Depuis une quinzaine d’années, ce sculpteur se consacre exclusivement au mobilier liturgique. Il a déjà œuvré pour une trentaine d’églises paroissiales et pour les chapelles de congrégations : dans la région Rhône-Alpes, bien sûr, – à Lyon, Ars, Neuville sur Saône, Annemasse – mais aussi en Bretagne -Le Rheu, Fougère – en région Ile-de-France – chapelle Sainte Rita à Paris 9ème, Notre Dame de l’Alliance dans le 15ème, Notre Dame de Lourdes et Notre Dame de Chine dans le 20ème, au Carmel de Clamart.

sartrouvillestmartinposeauteltfp.jpgJean-François Ferraton a longtemps sculpté des bas-reliefs sur bois et édité des livres d’artistes tel celui consacré à son maître, René-Maria Burlet, distingué en 1993 par le Prix du Manuscrit du Conseil Général du Rhône. La quarantaine passée, il s’est attaché à l’Art sacré jusqu’à en faire son activité exclusive. « Sans la foi, je serais vite dans une impasse » explique-t-il en précisant : « Il faut créer une œuvre liée à ce qu’on croit ». Chrétien aimant la liturgie, il fait partie, avec son épouse, de la chorale de sa paroisse.

sartrouvillestmartinauteldetailnef.jpgLe sculpteur désormais lié à Sartrouville est persuadé que l’évangélisation passe aussi par l’Art sacré. Il se réfère d’ailleurs à « la Lettre aux artistes » que Jean-Paul II leur a écrit en avril 1999, à l’occasion du Jubilé pour l’An 2000 : « pour transmettre le message que le Christ lui a confié, l’Eglise a besoin de l’art ». Quand il travaille des centaines d’heures sur un bloc de pierre, il pense aux enfants qui apprécient les belles formes et les jolies couleurs car « leur regard se nourrit de sensations ». Il va lui-même choisir ses blocs de calcaire dur de 3 à 12 tonnes dans une carrière de Tavel (Drôme) et il répète la formule des anciens : « quand il y a du bon vin, il y a de bonnes pierres ». Et réciproquement.

Il y a plus de deux ans, Jean-François Ferraton entrait pour la première fois dans l’église Saint Martin. Elle était noire, triste et dégradée. Aucun chantier sérieux n’y avait été entrepris depuis quarante ans. Comme à chaque fois qu’il se trouve dans cette situation, l’artiste s’est « mis en état de silence ». Il assure qu’en une demi-heure, « il faut savoir ce qui convient ». Il a réalisé cet autel solide et lumineux, « lieu » de la rencontre de Dieu avec les hommes. Et, en cette fin avril, « l’église Saint Martin est devenue gaie et magnifique » se réjouit le sculpteur heureux d’avoir contribué à ce renouveau.

sartrouvillestmartinauteldetail.jpgAu moment de l’installation de l’autel et de l’ambon, le Père Alexandre de Bucy, curé de la paroisse, ne cache pas son plaisir. Il a suivi le chantier de bout en bout, avec la plus grande attention et un peu d’inquiétude car tout devait être terminé pour les fêtes du Millénaire, début mai 2009. Or, tout est en ordre et l’ensemble – murs, plafonds, vitraux, statues, fresques – a été habilement rénové.
De son côté, Jacky Colonges, adjoint chargé des bâtiments au sein de l’équipe municipale, affiche la même satisfaction. Propriétaire de l’édifice, la commune a permis au seul vestige du passé rural de Sartrouville de retrouver sa beauté originelle. Par la pertinence de ses avis, le père Jean-Pierre Allouchery, délégué diocésain pour l’Art sacré, a apporté une contribution appréciée à l’opération. Mathieu Joulie, l’architecte des Monuments historiques, a été le garant du respect de l’histoire du monument.

Et puis, la chance – ou la Providence diront certains – a accompagné la restauration. Un charmant retable du XVIIIème siècle et un ciel étoilé au plafond d’une chapelle, tous deux recouverts de peinture, il y a fort longtemps, ont été opportunément mis à jour. De même, le chantier a permis de retrouver un rouge médiéval aussitôt recréé pour peindre les piliers de l’église.
L’église Saint Martin s’est donc enrichie de nouveaux trésors. Elle possédait déjà deux statues exceptionnelles – « La charité de Saint Martin » et « Un Christ aux liens » – toutes deux classées Monuments historiques. Inscrite elle-même à l’inventaire des Monuments historiques en 1933, la plus ancienne église de Sartrouville ne peut pas être considérée comme une banale église rurale.

Fruit de l’inspiration et du travail du sculpteur, le mobilier liturgique ne peut se concevoir que dans un échange. Il doit s’intégrer dans l’histoire locale et répondre à l’attente d’une communauté chrétienne. Dans cette perspective, l’artiste a écouté le curé et les principaux acteurs de cette rénovation. Dans l’église Saint Martin, il était déjà aisé de traverser les siècles en allant du chœur du XIIème siècle à la nef du XVIIème, en passant par les bas-côtés du XIIIème siècle, sans oublier le maître-autel des XVIIé et XVIIIème. Désormais, l’autel et l’ambon créés par Jean-François Ferraton apportent une note moderne du XXIème siècle. Et le plus extraordinaire réside dans l’harmonie de l’ensemble.

Liens pour en savoir plus : www.batissonsasartrouville-78.cef.fr/saintmartin/saint_martin.htm
Jean-François Ferraton : site de l’artiste