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Les Gens du voyage


« Dis-moi, c’est qui tes Voyageurs ? Ils parlent français ? De quoi vivent-ils ? Ils vont à l’école ?… »

Ces questions passionnées qui me sont souvent posées révèlent combien les Gens du voyage sont mal connus, alors même qu’ils sont Français depuis… des siècles. Les Voyageurs, ce sont des hommes et des femmes, qui ont une culture marquée, vivent des souffrances et des espérances, et avec lesquels je partage une joyeuse amitié.

Les Gens du voyage, nomades depuis six siècles dans un pays de sédentaires

Venus initialement de l’Inde, les premiers « Tsiganes » sont entrés en France en 1419, après un long chemin de plusieurs siècles. Ils se reconnaissent de divers groupes : Manouches, Yeniches, Gitans… et sont différents des Roms (personnes non nomades venues d’Europe centrale). Depuis toujours, règne une incompréhension mutuelle entre le monde du voyage qui tient à sa culture très riche, et le monde sédentaire qui les méconnaît et s’en méfie. Jusqu’au 20ème siècle, on les accuse de toutes sortes de maux, on les surveille, on les considère comme des coupables potentiels, on les poursuit comme des étrangers irréguliers… Cette méfiance irraisonnée imprègne encore aujourd’hui profondément notre société, et colore négativement bien des décisions administratives les concernant, notamment concernant leur habitat.

En matière d’aire d’accueil des Gens du voyage, le département des Yvelines n’offre en pratique que 50 % des places prévues. Ces places sont payantes, et leur coût est élevé : à Saint Quentin en Yvelines, il a augmenté en 2015 de +43 % ! Plusieurs aires d’accueil côtoient une déchetterie, un crématorium…

Un peuple marqué par la culture du voyage

Malgré son coût, le voyage permet de poursuivre une forte tradition familiale et traduit un goût passionné pour la liberté. Le voyage impose d’avoir une vie simple, que certains vivent comme une exigence évangélique.

« Si je ne me sens pas bien à un endroit, alors j’accroche la caravane, et on part ». « Quand les beaux jours arrivent, on s’en va, on va faire les travaux saisonniers, on va dans la famille, on fait les pèlerinages… On est partis de mai, à octobre. »

Une famille qui compte plus que tout au monde

Chez les voyageurs, personne n’est seul : les plus âgés sont respectés et gardent leur place au cœur de la famille  jusqu’à leur mort ; les enfants sont protégés et chéris. Les couples se forment tôt, autour de 20 ans.

Un homme me parle d’une femme qui vient de mourir à 92 ans, sa descendance compte 5 générations : ce qui fait que ses arrières-petits-enfants sont déjà grands-parents !

 Une foi simple et naturelle, transmise par la famille

Leur foi se nourrit de la prière individuelle, des pèlerinages (Lourdes, Ars, Paray-le-Monial, Les Saintes-Maries-de-la-Mer…) et des réunions de prière. Ils fréquentent peu les paroisses.

Cette année, nous avons célébré soixante baptêmes et six confirmations d’adultes. Les voyageurs font aussi un gros effort pour se former solidement : quinze adultes suivent des formations à la foi conséquentes (200 h).

 Le travail et l’école, adaptés à l’itinérance

Leur profession peut s’exercer même en voyage : cannage, ferraille, élagage, entretien des toitures, peinture, activités saisonnières… L’école est largement suivie, mais les élèves décrochent souvent au collège pour faire de l’enseignement à distance : un moyen pour eux de se protéger d’une culture sédentaire qu’ils ne désirent pas.

Les enfants aiment poursuivre les traditions de la famille : les garçons travaillent avec leur père, les filles contribuent volontiers aux tâches familiales.

Enfin pour terminer, voici une brève présentation  de l’aumônerie des gens du voyage.

Notre équipe réunit une quinzaine de personnes. Elle encourage leur vie de foi en lien avec l’Eglise :

  • réunions de prières très régulières à Elancourt, Mantes, Conflans, Sartrouville
  • messes, pour les fêtes chrétiennes mais aussi parfois sur les terrains
  • sacrements : beaucoup de baptêmes célébrés chaque année, mais aussi eucharistie, confirmation, pardon, mariage
  • écoles de la foi : formation pour les adultes, qui ont soif de rendre leur foi plus forte
  • pèlerinages : outre les pèlerinages en France, nous sommes allés à Rome l’an dernier

En lien avec une association, nous sommes aussi à leurs côtés lorsqu’ils rencontrent des difficultés familiales ou sociales, souvent liées à l’habitat, mais aussi scolarité, soutien juridique, microcrédit, discriminations…

 

Etienne Bourdin, diacre heureux avec les Voyageurs – etienne.bourdin@catholique78.fr