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De l’hostilité à l’hospitalité


En ce temps de carême, pourquoi ne pas réfléchir sur notre sens de l’accueil, notre position vis-à-vis de l’étranger ? Quelques pistes tirées d’une conférence de Véronique Albanel, présidente du Service Jésuite des Réfugiés (JRS) qui accompagne, sert et défend les personnes déplacées de force de leurs pays d’origine. Cette intervention a eu lieu lors d’une journée organisée le 30 janvier 2018 par le service de la Diaconie de notre diocèse.

On est passé de 34 millions de personnes déplacées dans le monde en 2010 à 65 millions en 2016. En Europe, nous sommes concernés par 21 millions dont 5 millions de Syriens. Comment, en chrétiens, accueillir cette réalité ?

Crise migratoire ou crise de l’accueil ?

Au préalable il convient de se rappeler qu’il y a 5 fois moins de demandes en Europe qu’au Moyen Orient. L’arrivée la plus importante venant de l’Est est bloquée : Syrie, Turquie, Grèce… Reste la route de l’Ouest qui passe par l’Espagne.
Cependant avec 5000 morts en méditerranée en 2016, 30.000 depuis 2000, peut-on continuer dans le blocage et prôner une Europe de la sécurité ? Il faut concilier éthique de conviction et éthique de responsabilité : accueillir plus et mieux.
Il existe cependant un clivage entre les pays européens et dans la société. Les chrétiens eux-mêmes sont partagés : 57 % des catholiques sont opposés à l’accueil, 71 % des protestants y sont favorables.

Savoir accueillir et intégrer

Max Weber disait : « Ne défendre aucune cause et n’avoir pas le sentiment de sa responsabilité sont deux sortes de péchés mortels en politique. »
La cause de l’hospitalité est une loi d’humanité fondamentale : rencontrer, partager, s’enrichir. Il s’agit d’une rencontre humaine. D’ailleurs, comment définissons-nous l’autre ? réfugié ? migrant ? demandeur d’asile ? Il nous faut affronter nos peurs, les exprimer ; choisir d’agir avec ses moyens, son humilité et confier cet accueil dans la prière. Le besoin de spiritualité est commun à tous les hommes et nous rassemble.
Si l’hospitalité bouscule, nous oblige à nous confronter aux différences, elle n’accepte pas tout. Dire ses exigences permet une réciprocité car l’hospitalité n’est pas gratuité.
Ainsi, dans cette démarche, on agit en tant que chrétiens spirituellement et en chrétiens sur le plan social. Au niveau de l’Etat, il faut aussi des exigences : L’apprentissage du français est la clef de l’intégration. Il lui appartient aussi de poser des critères et distinguer les migrants économiques des réfugiés.

Aspect biblique et théologique de l’hospitalité

L’hospitalité n’est pas une évidence ; « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… » (Galates 3, 28). Nous trouvons dans la Bible beaucoup d’exemples d’hospitalité et d’autres, en sens contraire. Cependant, aucun commandement n’est répété aussi souvent qu’aimer les étrangers. Nous pouvons relire des passages concernant des étrangers comme Ruth qui vient de Moab, Bethsabée, ou le Samaritain.
L’exemple d’Abraham (Genèse 18) donne l’idéal de l’hospitalité : Il accueille trois visiteurs. Le fruit de cette hospitalité sera la fécondité pour Sarah, la joie. Et il y a une joie dans la rencontre : pouvoir découvrir la joie de recevoir, la grâce du sourire qui accueille, travailler la confiance en l’autre et non la méfiance. La rencontre est une puissance de foi qui l’emportera sur toutes théories du complot !

Notes recueillies par Marie-Sybille de Montalivet

Pour aller plus loin, pourquoi ne pas (re) voir les excellents sketches de Pie TSHIBANDA, humoriste congolais dans un spectacle intitulé « un fou noir au pays des blancs ».