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« Étais-je délaissée par l’Église qui ne pouvait pas risquer ce baptême ? »


Alors que plus de 300 catéchumènes dans les Yvelines, adultes et adolescents, attendent depuis Pâques de pouvoir être baptisé, Patricia, baptisée adulte après une longue attente, et qui vit aujourd’hui dans notre diocèse, nous fait partager son témoignage.

Vivre ce temps pascal en confinement me met particulièrement en communion avec les catéchumènes de mon diocèse et de l’Église dans le monde. Le confinement m’a rappelée mon cheminement au catéchuménat, il y a déjà plusieurs années. Je vivais dans mon pays d’origine, un pays musulman où les chrétiens sont minoritaires et où la conversion des musulmans au christianisme est considérée par la loi comme une apostasie.

C’est dans ce contexte que j’allais en toute discrétion au catéchuménat et que je cheminais vers le baptême. À chaque trajet, comme d’autres convertis, je risquais d’être arrêtée. Mais le désir de connaître le Christ m’animait et était plus fort que tout. Ma vie se transformait au fur et à mesure de mon cheminement. Je découvrais une nouvelle vie, des frères et sœurs en Christ. J’attendais avec hâte et joie le baptême.

Mais, au moment où j’ai été prête pour être baptisée, la situation est devenue plus difficile. Les églises ont été très surveillées et les convertis de plus en plus menacés. Il fallait donc attendre et ne pas mettre en danger ni ma vie, ni celle du prêtre et des autres chrétiens. Attendre mais pour combien de temps ?

Ce long temps d’attente était pour moi éprouvant d’autant plus je ne pouvais pas sortir de mon pays pour continuer mon chemin ailleurs. Je n’avais encore pas obtenu un passeport. Je me sentais enfermée, comme dans une prison à ciel ouvert. Je me demandais quel sens pouvait avoir cette attente ? Allais-je mourir sans être baptisée ? Étais-je délaissée par l’Église qui ne pouvait pas risquer ce baptême ?

Je me sentais impuissante. Je ne pouvais que compter sur Dieu. Au fil des jours, j’ai réalisé que si je ne pouvais pas être pour le moment baptisée, je pouvais continuer à lire l’Évangile, à prier. L’Évangile est devenu ma source, je gouttais les paroles de Jésus, ses gestes. J’ai compris que le Christ qui m’avait appelée à le suivre, ne reprenait pas son invitation. Il est fidèle. Il m’appelait à le suivre, en vivant comme catéchumène, témoin de son amour dans mon quotidien en attendant le baptême.

Le contact avec d’autres chrétiens m’a aussi beaucoup aidée. Ils priaient pour moi, pour nous. Un jour un ami chrétien m’a fait rencontrer des personnes qui vivaient en grande précarité tout près du lieu où je faisais des achats. Ainsi, ils m’ont appris le sens du service et de la solidarité avec les autres.

J’étais toujours enfermée comme dans une prison, je ne pouvais pas m’afficher comme catéchumène, mais le Christ me permettait de faire l’expérience d’une liberté profonde avec lui.

Un an après, un soir de Pâques j’ai reçu le baptême. C’est le plus beau jour de ma vie.

Aujourd’hui, je suis sûre que cette attente éprouvante n’était pas voulue par Dieu. Au sein de l’enfermement, le Christ m’accompagnait et transformait mon attente apparemment stérile en un chemin fécond d’enracinement en lui et en Église.

C’est pourquoi en faisant mémoire de tout cela dans cette période de confinement, je prie chaque jour pour les catéchumènes qui attendent les sacrements, en me souvenant de ce passage de l’Évangile de Saint Marc : « Confiance, lève-toi, il t’appelle » (Mc 10,49)

Patricia

 

NDLR : La photo d’appel de l’article ne correspond pas au baptême de Patricia.