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Entrer dans l’année de la Miséricorde… par son logo


Le visuel choisi pour l’année de la Miséricorde est réalisé par le jésuite Marco Rupnik, il est une « petite somme théologique » et invite à la conversion. L’image est riche de notre patrimoine artistique chrétien.

Logo de la Miséricorde

 

Il faut savoir que Marko Ivan Rupnik est un artiste d’origine slovène, prêtre de la Compagnie de Jésus, titulaire d’un doctorat sur la signification théologique et missionnaire de l’art, qui travaille avec l’atelier Aletti à Rome.

Le Christ est vêtu de blanc, le vêtement de lumière du ressuscité, il porte les traces de sa Passion sur les mains et les pieds mais il est représenté de manière dynamique. C’est une image du Christ victorieux de la mort. Il semble en mouvement, on dirait qu’il remonte déjà comme une ascension

Comme le berger portant sa brebis sur son dos, après l’avoir cherché car elle s’était perdue, il porte un homme sur ses épaules.

« Pour une seule brebis qui s’était égarée, il est descendu sur la terre, il l’a trouvée, mise sur ses épaules et l’a remportée dans les cieux » Origène (sur Josué 7, 16)

 

Figure la plus fréquente dans l’art paléochrétien, cette image se trouve au-dessus du baptistère de la maison chrétienne de Doura Europos en Syrie, on voit la trace d’une fresque représentant un berger chargé d’une grosse brebis et Adam et Eve en bas à gauche. Cette image, une des plus anciennes fait déjà le lien entre le berger, le salut et le baptême.

 

Fresque de la maison chrétienne de Doura Europos, IIIe siècle

 

En effet, le Seigneur s’est lui-même présenté comme le berger de son peuple chez les prophètes :

« Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées.(…) C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. » Ez 34, 11-12 ;15-16[1

 

Catacombe de ste Priscille, Rome, IIIe siècle

 

« le Seigneur est mon berger….Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure…» chante le Psaume 22.

 

Aussi quand Jésus dit à ses contemporains :

« Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.» [2], ils ont compris la force de cette parole.

 

Vitrail du bon pasteur, église st Wandrille du Pecq

 

Dès les premiers temps de l’église, la descente du berger représente l’incarnation de Jésus en vue du salut des hommes, car il est venu sauver ce qui était perdu.

Plus qu’une douce image pastorale, le berger est vraiment figure de la miséricorde du Père car il est pris de compassion pour sa brebis, et descend de la montagne pour la retrouver.

Pour St Jérôme, la condition de berger n’est autre que la condition d’esclave de l’épître aux Philippiens :

 

« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. … »

 

Comme l’affirme le Credo, «  il descendit du Ciel ». La mandorle qui entoure la figure symbolise le passage du monde de Dieu au monde des hommes, elle montre ainsi la gloire de Dieu. Ne pouvant représenter le mystère trinitaire, mais seulement Jésus qui «  est le visage de la miséricorde du Père » [3](première phrase de la bulle d’indiction), les artistes ont utilisé ce moyen pour faire resplendir sa double nature.

La triple mandorle donne à contempler le mystère du Dieu Trinité d’Amour révélé en Jésus. « Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la sainte Trinité » [4] «  Du cœur de la trinité, du plus profond du mystère jaillit et coule sans cesse le grand fleuve de la miséricorde » [5]

 

Cette triple mandorle bleue nous rappelle celle de la fresque de l’anastasis. [6]

 

Saint Sauveur in Chora, Istanbul, 1316-1321

 

Les trois ovales concentriques, en couleur progressivement plus claire vers l’extérieur évoquent le mouvement du Christ apportant l’homme en dehors de la nuit du péché et de la mort, il est visuellement lumière dans les ténèbres.

Nous voyons, sur l’image de l’année de la miséricorde comme sur la fresque, que Jésus marche sur les portes de la mort fracassées, parfois disposées en forme de croix. Ainsi continue l’hymne aux Philippiens précédemment cité :

« Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. » Ph 2, 8-11

C’est bien par sa mort sur la croix que nous sommes sauvés c’est pourquoi cet hymne liturgique ancien qui parle du berger est chanté lors de la vigile pascale « Ô nuit où la brebis est ramenée sur les épaules du bon berger » [7]

Comment devenir miséricordieux comme le Père qui a envoyé son Fils ? Jésus lui-même nous indique le chemin à travers la parabole de celui qui s’est fait proche.

Dans l’interprétation symbolique de saint Ambroise se superposent l’image du bon pasteur qui descend de la montagne pour prendre la brebis sur ses épaules et celle du bon samaritain qui descendant de Jérusalem à Jéricho charge l’homme couvert de plaies sur sa monture. Deux figures de l’homme blessé par le péché, deux images du salut apporté par le Christ miséricordieux.

«  Les épaules du Christ sont les bras de la croix, c’est là que j’ai déposé mes péchés, c’est sur le noble cou de ce gibet que j’ai reposé » St Ambroise.[8]

Sur le vitrail de la cathédrale de Chartres, on observe que le samaritain qui vient sauver l‘homme a le visage du Christ.

« Touchés jour après jour par sa compassion, nous pouvons nous aussi devenir compatissants envers tous » [9]

Sur le logo de l’année de la miséricorde, notre berger –samaritain ouvre de grands yeux et sa joue est collée à celle de l’homme qu’il porte…et nous constatons qu’ils ont un œil en commun ! Ils se ressemblent et partagent le même regard. Dès la création : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme »[10], et restauré par le regard que Jésus pose, même sur ceux qui n’arrivent pas à le suivre « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima » [11], celui de la miséricorde infinie : « Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre » [12]

Cette magnifique proximité des visages se retrouve à Chartres dans les voussures du portail Nord qui offrent à contempler « l’homme dans la pensée de Dieu » avant même sa création, ainsi que dans cette icône russe du XIXe siècle du bon pasteur.

Le visuel composé par Rupnik synthétise tout cela : le modèle de la miséricorde est le Christ qui charge l’homme blessé sur ses épaules, il nous sauve et nous redonne vie dans la puissance d’amour de sa résurrection.

Cette image est un cadeau, elle nous invite à contempler celui qui a pris condition d’esclave pour nous délivrer et à l’imiter en accueillant sa miséricorde pour la répandre. Ainsi nous sommes appelés à recevoir la miséricorde infinie, à entrer dans le regard du Christ miséricordieux pour nos frères et à devenir les instruments de la miséricorde du Père.

 

Nathalie Lockart

 

[1] Traduction liturgique AELF

[2] Jean 10, 11

[3] Première phrase de la Bulle d’indiction du pape François pour l’Année de la Miséricorde

[4] Bulle d’indiction § 2

[5] Bulle d’indiction § 25

[6] Remontée, résurrection, exaltation, en grec

[7] Cité par Martine Dulaey dans Des forêts de symboles, L’initiation chrétienne et la Bible

[8] Sur l’Evangile de Luc 7, 209

[9] Bulle D’indiction § 14

[10] Gen 1, 27

[11] Marc 21, 10

[12] Luc 22, 61