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Notre Dame du rosaire à Chevreuse


Notre Dame du rosaire à Chevreuse en l’église Saint-Martin, une curieuse iconographie qui nous présente ensemble deux figures qui sont tout à fait anachroniques !  

Saint Dominique vécut à la jonction du XIIe et du XIIIe siècle et sainte Catherine de Sienne naquit plus de cent ans après la mort de saint Dominique !

Les voilà tous deux à genoux aux pieds de la Vierge Marie recevant d’elle un chapelet. Le tableau de Notre Dame du rosaire de l’église de Chevreuse, une huile sur toile de 240*195, est une magnifique invitation pour découvrir les origines de cette prière et la faire nôtre spécialement durant le mois d’octobre consacré au rosaire.

De l’origine du rosaire au contexte de l’œuvre de Chevreuse

La salutation angélique, « Je vous salue Marie… » était proposée à la prière depuis fort longtemps pour les laïcs qui ne pouvaient lire et réciter les 150 psaumes, on parlait du psautier de Marie. Ainsi par ces paroles la foi en l’incarnation du Fils de Dieu alimentait la prière quotidienne.

C’est pour cela que la Vierge Marie a envoyé saint Dominique prêcher le rosaire aux cathares victimes de l’hérésie qui faisait mépriser le corps ainsi que le raconte le bienheureux Alain de la Roche au XVe siècle dans son livre De Dignitate Psalterii  : Saint Dominique s’était retiré pour prier pour la conversion des albigeois quand la Vierge Marie lui apparut et dit :

« Cher Dominique, je veux que vous sachiez que dans ce genre de guerre, l’arme principale a toujours été le psautier angélique qui est la pierre angulaire du Nouveau Testament. Par conséquent si vous voulez atteindre ces âmes endurcies et les gagner à Dieu, prêchez mon psautier. »

Au XVe siècle, Alain de la Roche répandra le chapelet en créant des confréries du rosaire.

La victoire de Lépante contre les Ottomans le 7 octobre 1571 est justement attribuée à la prière du rosaire. Le pape Pie V institue alors une fête à Notre Dame de la Victoire, transformée en 1573 en fête de Notre Dame du rosaire.

Tout cela se produit dans le contexte du Concile de Trente qui vient de s’achever en 1563. En réponse aux Réformés, le Concile invite à représenter Marie comme reine du Ciel pour manifester le rôle particulier de la mère de Jésus.

 

Notre Dame du rosaire à Chevreuse, le tableau

D’un auteur inconnu est daté de 1649. On y voit la Vierge au centre, frontale, tenant l’enfant Jésus sur ses genoux, dans une nuée, entourée d’angelots. Son visage est auréolé de lumière. Tout cela définit un espace céleste révélé par l’ouverture de tentures que repoussent les anges. Un espace céleste qui se rapproche de la terre, rapprochant Marie de l’humanité. (1)

 

 

Jésus tourné vers sainte Catherine contemple la croix du chapelet annonçant qu’il est le Rédempteur par son offrande d’amour sur la Croix.

 

 

Aux pieds de Marie se trouvent saint Dominique (1170-1221) le regard levé vers le ciel et sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tous deux unis dans la prière qu’ils reçoivent de Marie sous la forme du chapelet.

 

Les deux saints agenouillés montrent la voie de la prière à toute l’humanité, Catherine de Sienne, bien qu’elle ne soit pas contemporaine de saint Dominique est représentée en tant que figure féminine essentielle de l’ordre dominicain. Elle est docteur de l’Eglise.

Sur sa tête une couronne d’épines et sur ses mains de discrets stigmates reçus à la Pentecôte 1373, en effet à l’instar de saint François d’Assise, elle contemple ardemment la Passion du Christ et comprend au cours d’une vision que les épines au pied de l’arbre de vie sont les épreuves de la vie qui permettent de s’associer à la croix du sauveur.

 

A ses pieds un livre ouvert chante son amour « Comme il est bon d’être avec toi Seigneur Jésus… » ainsi que des lys signes de pureté et rappel d’une vision de sainte Catherine dans sa jeunesse durant laquelle saint Dominique lui apparut pour lui remettre un lys ainsi que l’habit de dominicaine.

 

 

 

Aux pieds de saint Dominique, un chien tient dans sa gueule une torche, à côté d’un globe terrestre surmonté d’une croix. Cela provient d’un songe de sa mère : peu avant la naissance de Dominique celle-ci rêva qu’elle portait en son sein un chien tenant une torche dans sa gueule et semblant vouloir, aussitôt né, incendier le monde. Ce songe fut interprété comme une prophétie : l’enfant devait enflammer le monde par sa parole. L’histoire a retenu l’assonance du mot dominicain avec domini canis, chien du Seigneur. (2)

Marie présente un chapelet au-dessus de saint Dominique, il est offert à tous et constitue un lien entre le monde céleste et le monde terrestre. Ce tableau qui est une construction imaginaire et symbolique récapitule le don de la prière si puissante du chapelet faite aux hommes par l’intermédiaire des dominicains ici représentés par saint Dominique pour la branche masculine et sainte Catherine de Sienne pour la branche féminine, prière qui nous rapproche du Christ par Marie.

Prier le chapelet,

C’est avec Marie contempler la vie du Christ comme nous le rappelle saint Jean-Paul II dans l’exhortation apostolique Rosarium Virginis Mariae :

« Réciter le rosaire n’est rien d’autre que contempler avec Marie le visage du Christ » ainsi nous sommes petit à petit transformés de l’intérieur :

« Avec sa spécificité, le rosaire se situe dans ce panorama multicolore de la prière « incessante » et, si la liturgie, action du Christ et de l’Eglise, est l’action salvifique par excellence, le rosaire, en tant que méditation sur le Christ avec Marie, est une contemplation salutaire. Nous plonger en effet, de mystère en mystère, dans la vie du Rédempteur, fait en sorte que ce que le Christ a réalisé et ce que la liturgie actualise soient profondément assimilés et modèlent notre existence. »

Faisant appel à l’histoire rappelée plus haut, il ajoute :

« L’histoire du rosaire montre comment cette prière a été utilisée, spécialement par les Dominicains, dans un moment difficile pour l’Eglise à cause de la diffusion de l’hérésie. Aujourd’hui, nous nous trouvons face à de nouveaux défis. Pourquoi ne pas reprendre en main le chapelet avec la même foi que nos prédécesseurs ? Le rosaire conserve toute sa force et reste un moyen indispensable dans le bagage pastoral de tout bon évangélisateur. »

Dans notre époque qui s’interroge sur l’homme, étonnamment saint Jean-Paul II nous invite à « approfondir l’implication anthropologique du rosaire, une implication plus radicale qu’il n’y paraît à première vue. Celui qui se met à contempler le Christ en faisant mémoire des étapes de sa vie ne peut pas ne pas découvrir aussi en Lui la vérité sur l’homme. »

Terminons par cette magnifique prière composée par le bienheureux Bartolo Longo en 1883, comme une adhésion à l’invitation lancée par le Pape Léon XIII aux catholiques dans sa première encyclique sur le rosaire :

« Ô rosaire béni par Marie, douce chaîne qui nous relie à Dieu, lien d’amour qui nous unit aux Anges, tour de sagesse face aux assauts de l’enfer, havre de sécurité dans le naufrage commun, nous ne te lâcherons plus. Tu seras notre réconfort à l’heure de l’agonie. A toi, le dernier baiser de la vie qui s’éteint. Et le dernier accent sur nos lèvres sera ton nom suave, ô Reine du rosaire de Pompéi, ô notre Mère très chère, ô refuge des pécheurs, ô souveraine Consolatrice des affligés. Sois bénie en tout lieu, aujourd’hui et toujours, sur la terre et dans le ciel ».

 

Nathalie Lockhart

 

 

(1) Le rosaire, parole et image. Article paru dans Les Annales de Bretagne, 1991, vol 98, p.147-160. Analyse d’œuvres par Marie-Hélène Froeschlé-Chopard, CNRS

(2) Les saints, Repères iconographiques, Hazan, 2012, Rosa Giorgi