Appel décisif de plus de 800 catéchumènes adolescents et adultes à la Cathédrale Saint-Louis de Versailles – 21 et 22 février 2026 – Homélie de Mgr Luc Crepy, évêque de Versailles
« Me voici aujourd’hui, je demande à l’Eglise le baptême. Parce que je reconnais ma faiblesse et que la grâce de Dieu est aussi dans les gestes, dans le corps, dans l’eau, elle est dans le monde et j’en ai besoin pour mener la vie à laquelle je suis appelée. Parce qu’il faut mourir à certaines choses pour renaître à d’autres. Par fidélité à ces deux témoins que furent mes grands-parents. Par amour pour ces vieilles églises qui m’ont offert des moments de paix, pour cette tradition chrétienne qui s’efforce, cahin-caha, de faire le bien et d’être le reflet d’un plus grand amour. » Extrait d’une lettre reçue.
Dans cet extrait d’une lettre reçue, il me semble que beaucoup d’entre vous peuvent se retrouver dans ce témoignage. Dans vos lettres, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles vous demandez le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Vos lettres sont très belles car elles disent combien Dieu a pris soin de vous, allant vous chercher de bien de manières, délicatement et respectant votre liberté. Vous avez compris que Dieu vous attendait. Il vous a révélé son visage et son amour en Jésus, le Christ, et vous avez perçu la force de l’Esprit qui vous a mené sur des chemins que vous ne connaissiez pas. « Ce chemin m’a ouvert encore plus grands les yeux sur les merveilles que Dieu fait par le Saint Esprit, la grandeur de la vie éternelle et la sagesse infinie de son commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13,34)
Mettons-nous maintenant à l’écoute de la Parole Dieu dont vous avez découvert la force et la richesse. Le récit des tentations de Jésus au désert (Mt 4,1-11) prolonge le récit de son baptême. Que s’est-il donc passé au baptême de Jésus ? Rappelez-vous : Jean-Baptiste refuse de baptiser Jésus, mais celui-ci insiste : lui qui n’a pas péché, il veut rejoindre les pécheurs venus recevoir le baptême de conversion. « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. » (Mt 9,13) dira Jésus plus tard. En acceptant d’être baptisé par Jean-Baptiste, il signifie qu’il accepte la mission qui lui est confiée par le Père de rejoindre pleinement notre humanité dans ce qu’elle a de beau mais aussi de tragique afin de lui manifester l’amour sauveur de Dieu. Le baptême de Jésus, c’est déjà son « oui » à la volonté de son Père, c’est un « oui » à la mission que le Père lui a confiée – Lui qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique – (Jn 3, 16), mais aussi un « oui » pour affronter le mal, un « oui » jusqu’au don de soi, par amour, sur la croix. Ainsi la mission du Christ s’ouvre d’une manière bien particulière : l’Esprit l’entraîne au désert où il va mener un combat contre le diable et contre les tentations qui cherchent à le détourner de sa condition d’homme et de Fils de Dieu. Il gagne ce combat et les anges viennent le servir.
Ce récit des tentations de Jésus dans le désert invite chacun de nous à se poser une grande question : qu’est-ce qui compte véritablement dans ta vie ? Chacune des trois tentations nous remet devant un choix, une conversion, un combat à mener dans notre vie. De quoi as-tu vraiment faim ? As-tu faim de sens, d’amour, de vérité ? As-tu faim de la Parole de Dieu ? As-tu soif de pouvoir, de domination ou as-tu soif d’aimer et de servir tes frères comme Jésus, dans l’humilité et la discrétion ? Enfin, est-ce toi qui décides ce que Dieu attend de toi ou est-ce toi qui accueilles le projet Dieu pour toi, en lui faisant confiance ? Au désert, Jésus a pris avec lui nos tentations et a vaincu l’esprit du mal. Avec le Christ vainqueur, nous pouvons vaincre ce qui nous empêche de vivre en chrétien, en disciples du Christ et en amis de nos frères. C’est cela la liberté chrétienne : une libération que nous offre le Christ pour que nous grandissions plus libre, à la suite de Celui qui est l’Homme libre par excellence. Peu à peu, nous avançons dans notre vie de baptisés. Ainsi l’un d’entre vous écrit : « Bien sûr, le combat spirituel continue avec toutes les questions qui émergent quand j’écoute l’Evangile. Bien sûr, la vie m’expose à toutes ces tentations auxquelles il me faut apprendre à résister. Bien sûr ; accorder son pardon a été une épreuve plus difficile qu’attendu. Bien sûr, tout ce chemin n’est que le début d’un chemin plus grand encore. »
Choisir le baptême, c’est choisir le Christ Jésus et accepter de se laisser guider par l’Esprit Saint. Choisir le baptême, c’est accepter de mener des combats, comme le Christ, pour lutter contre ce qui nous rend esclaves du péché, c’est-à-dire ce qui abîme notre monde, ce qui blesse notre humanité, ce qui nous empêche d’aimer en vérité, c’est-à-dire aimer comme Jésus aime. Jésus n’a pas mis fin aux combats, ni aux tentations mais, il a vaincu le péché, et vient à nos côtés pour les combattre. Comme le dit saint Paul : « Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes. » (Rm 5, 17)
Le jour de votre baptême, l’Eglise vous demandera : « Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu et pour suivre Jésus, le Christ, rejetez-vous le péché, le mal et Satan, l’auteur du péché ? » Et vous répondrez : « oui, je le rejette. » Alors rappelez-vous l’évangile du jour de votre appel décisif ! Votre réponse peut s’appuyer sur la victoire du Christ qui est à vos côtés, et c’est avec confiance que vous pouvez affirmer votre volonté de suivre le chemin du bien et de chercher la volonté de Dieu. Ainsi, comme un cri, après une vie difficile et rude, l’une d’entre vous affirme : « Le Seigneur a changé ma vie à tout jamais ! » Un autre écrit : « Aujourd’hui, je suis enfin en paix avec mon passé, sur le chemin de la guérison. Par ces épreuves, Jésus Christ m’a permis de renaître, d’être plus altruiste, plus à l’écoute, plus dans la paix et dans le pardon. »
Les sacrements de l’initiation chrétienne portent bien leur nom : c’est un chemin nouveau qui s’ouvre devant vous. Sans oublier tout ce qui fait votre histoire personnelle, avancez avec confiance avec le Christ ressuscité, soyez témoins de son amour et du salut qu’il offre à tous. Prenez votre place dans votre communauté paroissiale : avec tous les autres baptisés – avec le peuple de Dieu –, vous serez les pierres vivantes qui formez l’Eglise, c’est-à-dire le Corps du Christ et le temple de l’Esprit Saint. Que Marie, Mère de l’Eglise, vous accompagne et vous conduise vers son Fils. Amen.