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Pardon ? une pièce pour libérer la parole autour des agressions sexuelles dans l’Eglise


Dans le cadre du temps mémoriel annuel pour les personnes victimes dans l’Eglise, le mercredi 11 mars à 20h à Notre-Dame de Grandchamp, la pièce autobiographique “Pardon ?” a déplacé une centaine de personnes. Retour sur une soirée émouvante et édifiante.

Libérer la parole

La pièce écrite et jouée par Laurent Martinez et trois autres comédiens raconte le chemin de guérison d’un homme ayant été victime d’agressions sexuelles de la part d’un prêtre, quand il était enfant. C’est un témoignage poignant montrant les effets d’un traumatisme enfoui sur le quotidien de la personne victime et de sa famille. On m’a volé mon cœur d’enfant (…)je dois m’aider à grandir (…) Je fuis dans la souffrance (…) L’amour je l’éconduis.” Elle aborde la responsabilité de l’Eglise et sa volonté d’agir, notamment par la voix d’une religieuse.  Écouter l’interview de Laurent Martinez sur RCF.

Cette pièce circule en France depuis 2020 avec déjà plus de 90 représentations. Mgr Luc Crepy et la Cellule d’écoute à laquelle s’associe la Commission de prévention des mineurs du diocèse, l’ont choisie dans le cadre du temps mémoriel annuel pour les victimes d’agressions dans l’Eglise, car elle suscite des échanges avec les acteurs mais aussi des personnes victimes. Chacun repart avec une réflexion et une empathie renouvelées.
Merci pour ce travail qui permet à des personnes qui ne l’ont pas vécu de comprendre ce que vous avez pu vivre.” a t’on pu entendre dans la salle. Laurent Martinez a été félicité de nombreuses fois pour la finesse et la poésie de son texte mais aussi pour son courage. “C’est la première pièce de théâtre à laquelle je ne regrette pas d’être venu” témoigne un jeune de 16 ans. Preuve que les jeunes sont capables d’entendre ce message tout en nuance sur un des fléaux de notre société.

La pièce évoque les tabous liés aux abus dans l’Eglise mais aussi ailleurs

Il m’a laissé un cadeau pour la vie. Le seul cadeau que l’on n’ouvre pas. L’empreinte indélébile d’un sentiment de culpabilité non justifié. Ce cadeau on ne le partage pas, par pudeur, honte, peur du regard de l’autre.” dit Gabriel, joué par Laurent Martinez, dans son propre rôle. Sors de ta grotte « tabou » !”

Ces lignes fortes, comme tant d’autres, font écho chez les personnes victimes venues assister à la représentation : “J’ai 71 ans, si c’est la 4ème fois que je viens, c’est que cette pièce fait partie de ma thérapie. J’ai commencé à libérer la parole, invité à la plénière de Lourdes en 2021 après le rapport de la CIASE. Depuis j’apporte mon témoignage au niveau local.”
En effet, un témoignage, permet d’en libérer un autre et de “faire prendre conscience aussi qu’il reste des loups dans la bergerie” explique l’un des acteurs, catholique pratiquant.  Beaucoup de victimes se taisent parce que c’est tabou mais nombreuses sont celles qui ont essayé de dire, d’alerter et n’ont pas été entendues, crues. “Les prêtres pédophiles qu’ils soient passés à l’acte ou qu’ils soient abstinents devraient pouvoir avouer leur faiblesse or avouer cela, c’est tabou”. La pièce sert aussi à cela : libérer la parole des agresseurs, souvent eux-mêmes victimes dans leur enfance et faire comprendre que derrière les bourreaux il y a des hommes, cabossés, soumis à leurs pulsions.

La pièce se penche aussi sur le pardon

Le pardon au sens de l’Eglise, le pardon et la réparation, comment pardonner si l’agresseur ne demande pas pardon ?
Laurent Martinez témoigne du poids qui s’est ôté lorsque, à sa demande, en tant que prêtre et au nom de l’Eglise, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, alors président de la conférence des évêques de France, lui a demandé pardon. Pour lui, chaque prêtre qui connaît une victime pourrait lui demander pardon en tant que représentant de l’Eglise.

Comment garder la foi quand on est victime mais aussi comment reprendre confiance en l’Eglise ?

Les acteurs ont souligné que l’Eglise avait eu le courage, par rapport à d’autres institutions, de faire cette démarche de reconnaissance. “Il y a déjà un résultat du côté de la prise en charge criminelle, maladive mais beaucoup ne réalisent pas ce qui est vécu et c’est pour cela que nous jouons cette pièce. La force de ces représentations c’est l’échange avec la salle, l’authenticité des questions.” explique un autre acteurs.

La troupe apprécie aussi l’accueil bienveillant et chaleureux de nombreuses communautés à travers la France et les liens tissés. Pour certains, cela a dépoussiéré l’idée qu’ils se faisaient de l’Eglise. Ils remarquent une réelle volonté de faire de l’Eglise un maison sûre ; même si parfois ils se heurtent à des fins de non-recevoir, tous ces échanges les poussent à continuer.

La véritable indifférence n’est pas de ne pas regarder mais de ne rien ressentir” est une phrase clé du premier quart de la pièce. Certainement, nos cœurs se sont ouverts ce mercredi soir.

Valentine Faure