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Voici l’agneau de Dieu : baptême de Jésus


A chaque eucharistie, nous reprenons les paroles de saint Jean Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.» (Jn 1, 26) proclamées lors du baptême de Jésus que nous fêtons le 1er dimanche après l’Épiphanie. Ce verset fréquemment représenté dans nos églises, y faisons-nous attention ?

 

Le baptême de Jésus, une théophanie

A peine avons-nous fêté Noël avec  joie, que la liturgie nous fait célébrer le baptême de Jésus qui correspond au début de sa vie publique, quel raccourci ! En occident, l’Epiphanie clôt le cycle de Noël. Cette fête inclut les trois mystères : l’adoration des Mages, le Baptême du Seigneur et les noces de Cana. Cette manifestation par laquelle Dieu se révèle aux hommes est aussi appelée Théophanie ainsi que le résume saint Jérôme :

« Dans Sa Nativité, le Fils de Dieu vint au monde de façon cachée, dans Son Baptême, Il apparaît de façon manifeste »

Jean-Baptiste montrant l’agneau Collégiale de Poissy

Saint Jean-Baptiste est le plus grand des prophètes, c’est lui qui a pour mission de préparer ultimement la venue du Sauveur, accomplissant la prophétie d’Isaïe, venant ouvrir la grande attente messianique sur la présence du Christ. Avec lui, la première Alliance s’ouvre sur la Nouvelle Alliance en Jésus, Dieu fait homme afin de demeurer pour toujours avec nous, vainqueur de la mort et nous donnant une vie nouvelle et éternelle.

L’évangile de Matthieu nous le décrit au désert, accomplissant la prophétie :

Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. ( Mt 3, 3-4)

Les représentations de saint Jean-Baptiste sont fidèles à cette description, les peintres et sculpteurs s’attachent à rendre le vêtement particulier du prophète ainsi la statue du XVe siècle, située dans la collégiale de Poissy où l’on voit saint Jean-Baptiste vêtu d’un manteau où sont nettement dessinés des poils et désignant l’agneau porté par l’autre main.

Jean-Baptiste désigne l’Agneau de Dieu

Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait. Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde  ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »  (Jn 1, 26-30)

La statuaire de l’époque gothique va créer un modèle iconographique à partir de ces versets universellement connus par la liturgie : le saint montre avec son doigt, parfois deux doigts qui est le signe de la parole à cette époque, un disque sur lequel est représenté l’agneau vainqueur. On trouve cette image sur les portails des cathédrales, ainsi à Chartres, et à Notre Dame de Paris.

 

Saint Jean-Baptiste, toujours figuré barbu et parfois hirsute, présente l’Agneau de Dieu : il est la voix humaine qui désigne le Sauveur. En effet ce vocable d’agneau de Dieu était compris de tous : l’agneau dans la Bible est symbole de l’innocent qui ne peut se défendre, il a la particularité dit-on de ne pouvoir crier, ainsi le décrit Isaïe :

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. (Is 53, 7 )

L’agneau de Dieu rappelait l’agneau pascal que les Hébreux ont immolé et avec le sang duquel ils ont marqué les linteaux de leurs portes afin d’être épargnés. Grâce à ce signe, ils ont échappé au fléau destructeur qui frappa les Egyptiens. La première épître de saint Pierre nous invite à considérer Jésus, l’agneau sans tache, l’agneau innocent et muet :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. (…) Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. (1P 1, 18-20 et 1P 2, 22-23)

Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

Qui peut bien avoir la capacité d’enlever les péchés sinon Dieu lui-même ? Ici au jour du baptême, à l’aube de la vie publique du Christ est déjà annoncée la Pâques de Jésus. A chaque eucharistie est rappelée cette parole prononcée par saint Jean-Baptiste au moment où est élevé le pain consacré, corps du Christ offert pour nous sauver. Dans la liturgie, nous chantons « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous ! »

Limay détail du baptistère

Dans le livre de l’Apocalypse, le thème s’amplifie et se développe. Le Christ est l’agneau immolé pour le salut du monde. Il porte les marques de son supplice, mais il est debout, triomphant, vainqueur de la mort, on le représente souvent tenant l’étendard de la croix, signe de la victoire sur la mort. C’est d’ailleurs cette image-là que désigne la statue de saint Jean-Baptiste.

A chaque eucharistie, nous sommes invités aux noces éternelles, celles qui unissent la créature à l’amour débordant et transformant de son Créateur et Sauveur par une communion : Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau ! (Ap 19,9)

Après cet « arrêt sur image », reprenons le fil du récit du baptême de Jésus durant lequel le ciel, qui semblait fermé depuis la faute originelle, s’ouvre et Dieu se révèle ; à la voix terrestre de Jean répond une voix céleste pour attester que Jésus est bien le Messie.

Une manifestation trinitaire

Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »  (Jn 1, 32-34)

C’est la première manifestation du Dieu Trinité : l’Esprit Saint qui confirme l’identité de Jésus, ainsi qu’une voix venue du ciel :

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux  : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Mc 1, 9-11)

Jean désigne Jésus comme « celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint ». Le baptême de Jean n’est qu’une préparation au baptême que Jésus allait instaurer. Par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Dieu vient habiter en nous pour que nous rendre participants de sa vie et de sa sainteté. Ainsi nous devenons à notre tour « Fils bien aimé » du Père.

Baptême et vie éternelle

Le baptistère de l’église de Limay reprend le motif de l’agneau. La cuve baptismale en pierre taillée et sculptée date du XIIIe siècle. Ces fonts baptismaux sont installés sur un pavage orné de huit disques de pierres grise reprenant la forme octogonale de la cuve. Les huit côtés rappellent les huit béatitudes auxquelles le Christ nous convie. Aux sept jours de la création s’ajoute le huitième jour, celui de la résurrection qui nous ouvre à l’éternité. Ainsi ce baptistère condense la figure de l’agneau rédempteur et vainqueur et l’invitation à vivre en fils bien aimé dans le Christ ressuscité dès maintenant et pour l’éternité.

La liturgie nous plonge dans le temps de Dieu, la célébration d’un mystère nous rapproche des autres mystères, ainsi nous l’avons vu, la désignation de Jésus comme l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde au moment de son baptême par Jean nous renvoie au mystère pascal.

Saint Jean-Baptiste nous désigne celui qui était avant lui, celui qui nous baptise dans l’Esprit-Saint, puissions-nous demeurer dans la joie de la présence de ce Dieu Trinité qui se révèle à nous et chanter avec Isaïe :
Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut. » (Is 12, 3)

Nathalie Lockhart