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Ordinations sacerdotales : homélie de Mgr Aumonier


Homélie de Mgr Aumonier pour l’ordination diaconale de Pierre Bouquin et les ordinations sacerdotales de François-Xavier Colin, Adrien Comerre, Alexandre Descamps, Stéphane Fonsalas, Jacques Frachon, Gabriel Rougevin-Baville, Chrisophe Roumegous, Olivier Rousseau, Godefroy de Sevin. Cathédrale Saint-Louis de Versailles, le 30 juin 2019

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Pierre et Paul

L’un était pécheur de Galilée, l’autre pharisien. Choisis tous les deux pour annoncer l’Evangile, ils ont accompli leur vocation en donnant leur vie. Par l’ordination, vous êtes inscrits sur ce sillage. Vous répondez généreusement, librement, comme des compagnons voulant vivre à la manière des apôtres.

Depuis plus de sept ans, vous vous êtes préparés directement à l’ordination, avec soin, avec l’aide de vos aînés, de multiples manières. Ce n’était pas en secret ni en cachette. Vous n’étiez pas enfermés dans une bulle artificielle, pas plus que vous ne l’aviez été dans votre enfance. Nous ne sommes donc pas surpris en vous voyant ce soir.

Mais comme vous, nous sommes émerveillés par la fidélité du Seigneur ! Vous avez été saisis par le Christ. Il vous donne à son Eglise. Nous sommes remplis de joie et de confusion devant la confiance qu’Il vous fait.

Même si cela peut paraître fou aux yeux de beaucoup, tout comme la vie chrétienne elle-même !

Folie pour les païens (1 Co 1,23)

C’est ainsi qu’un prêtre n’a pas d’autre ambition que de monter le chemin de foi derrière le Christ, en s’appuyant uniquement sur Lui sans s’inquiéter de savoir de quoi demain sera fait.

Vos aînés, prêtres ou évêques, dont certains sont ici présents, ordonnés dans les années 1940 ou 1970 ignoraient quelle forme prendrait la croix, quand et comment ils entendraient à leur tour le « lève-toi, mets ta ceinture, et suis moi… » ( Ac 12). Que vous disent-ils aujourd’hui ? Nourris de ce que nous entendons et voyons avec vous, comme hier nous avons confiance en Celui qui nous fortifie. Parfois surpris, décontenancés, désarçonnés, nous ne sommes jamais déçus par l’amour vrai répandu dans le coeur des saints que nous rencontrons. C’est ce que me confiait la semaine un de nos vétérans (94 ans) : pendant une heure, jamais il ne m’a parlé de lui-même, mais il a rendu grâces en vibrant aux joies et aux peines des uns et des autres, en priant pour vous et pour nous tous !

Au service de la conversion

Les soubresauts récents et actuels du monde et de l’Eglise sont considérables. Notre diocèse n’y échappe pas. Nous pourrions céder au découragement ou à l’inquiétude, mais votre réponse est une preuve tangible de la prévenance du Seigneur.

Après François d’Assise, vous entendez avec nous l’invitation à reconstruire l’Eglise.

Dans l’affection filiale pour l’Eglise notre mère, qui nous a engendrés au baptême et à la foi, que voyons-nous ? Un mélange de sainteté et de péché, avec certains pans de mur pourris et même la voûte qui risquent ruine, avec des frères et soeurs dont certains critiquent et maltraitent les autres…

Nous voyons se dresser la croix comme dans le chœur de Notre Dame de Paris et la statue préservée de Notre Dame. L’invitation est claire. Appuyons nous sur le seul « rocher » fiable, qui a donné son nom à Pierre et lui a dit de l’Eglise que  :« la puissance de la mort de l’emporterait pas sur elle » (Mt 16), comme Paul l’a constaté lui aussi : « j’ai été arraché à la gueule du lion » (2 Tim 4,17)…

Nous sommes en plein chantier de conversion et à découvert.

Comment, jeunes prêtres, servir cette reconstruction ? Comment guérir, comment prévenir, accompagner, guider, encourager ceux et celles qui nous sont confiés ?

Tout simplement en vous dédiant à ce qui sera désormais votre « métier », et si je puis dire, votre « cœur de métier ».

Vous recevrez aujourd’hui les pouvoirs de confesser pour transmettre le pardon de Dieu qui libère et la mission de prier pour le pénitent.

Par votre prédication, vos paroles, votre écoute, votre engagement personnel, vous guiderez spirituellement et avec humilité le peuple chrétien, en écoutant pour eux et avec eux le Verbe de vie.

En célébrant les mystères du Christ crucifié, qui offre sa vie à son Père, vous direz la bénédiction de Dieu sur le monde, vous servirez l’Esprit Saint qui transforme les pierres dispersées en pierres assemblées et vivantes.

Vous n’avez que vos mains, vos bras, vos voix. Mais vous les offrez. Ces mains et ces bras créés pour porter l’infirme et le malade, dessineront sur leur front le signe de la croix avec l’huile du réconfort. Ces voix se feront l’écho de la bonté du Père, le seul Bon.

Quel que doive être votre avenir, et celui du monde, vous aurez plus à découvrir qu’à réinventer chaque jour votre ministère, en l’accomplissant avec soin et ferveur. Avec cette confiance absolue qu’on ne donne qu’à Dieu, laissez l’Esprit vous modeler sur le Christ Pasteur ! Et alors, ne craignez rien, ni personne, que de déplaire à Dieu.

Signes parlants

Le langage de Dieu n’est pas un langage à partir d’énigmes. Il est fait des signes de la parole et des sacrements, donnés pour être lus et entendus par les hommes de notre époque. Pour être lisibles par eux.

Frères et soeurs, laissons agir l’Esprit pour que nous tous, fidèles laïcs et prêtres, baptisés, consacrés, devenions chaque jour davantage de vrais signes.

La vie des chrétiens est signifiante, quand le ferment et le sel enfouis dans la pâte y pénètrent profondément, quand ils se donnent et se risquent.

Mais la vie des chrétiens devient insignifiante et fade quand elle ne manifeste plus l’originalité simple de l’Evangile, quand elle est à la remorque des puissants, et de l’opinion, quand elle manque d’espérance ou qu’elle critique sans construire.

Il en est ainsi des différentes vocations.

Le signe du mariage par exemple est éloquent s’il est porté non comme une association de commodité d’un homme et d’une femme mais comme l’union de deux volontés pour faire le bien et l’offrir. Le signe de la consécration religieuse est éloquent quand il donne à voir l’amour total de Dieu.

Le signe du prêtre est éloquent s’il est pauvre, joyeux, aimable, doux, transpirant la prière et la bénédiction, évoquant le Bon Pasteur, soutenant les chrétiens là où il y en a, évitant qu’ils se recroquevillent ou qu’ils se trompent d’époque, veillant avec eux à fonder ou refonder l’Eglise, sur notre diocèse et dans le vaste monde.

Chers Amis, votre attachement à notre diocèse par l’incardination manifeste votre lien concret, incarné, à l’Eglise. Il va de pair avec l’ouverture catholique de l’Eglise. Vous êtes prêtres de l’Eglise catholique, comme je suis évêque de l’Eglise catholique. Plusieurs d’entre vous m’ont déjà dit qu’ils étaient disponibles, une fois leur expérience pastorale affermie, à un envoi en mission, sur notre province ou plus loin. Comme vous le savez, nous sommes aujourd’hui en peine de pourvoir aux besoins du diocèse, et nous faisons appel à des prêtres prêtés par d’autres diocèses, notamment d’Afrique. Mais la vitalité de notre Eglise diocésaine sera d’autant plus grande qu’elle restera capable non seulement de recevoir mais de donner. Pour servir même modestement la venue du Règne de Dieu sur tous les continents.

En recevant l’onction de l’Esprit votre cœur est rempli de l’amour de Dieu pour ce monde. Il vous donne ses yeux pour le voir. Il n’y faut pas seulement une bonne dose d’amour, mais la liaison directe avec la source même de l’amour. Cela rend vraiment intelligents dans la mission et capables d’aider nos frères et soeurs à rejoindre nos contemporains.

Le plus sûr chemin pour cela nous est montré par les pauvres, que saint Vincent de Paul appelait « nos maîtres ». La vérité de nos choix et de nos initiatives missionnaires dépend de la façon dont nous prenons cela au sérieux. Ceci est, vous le savez et vous y veillerez, au coeur des orientations de notre diocèse.

Les pauvres attendent qu’on reconnaisse leur dignité en leur laissant leur place au festin, dès cette terre, et que nous les entendions. Ils n’attendent pas que nous leur chantions une berceuse pieuse mais que nous nous retroussions les manches, sans faire la leçon à personne, en prenant nos responsabilités et des risques pour que chacun soit écouté et servi.

Marie mère de l’Eglise, mère des tout-petits vous accompagne et vous rassure en vous disant ce soir comme elle vous le dira souvent : « tout ce qu’il vous dira, faites-le » !

Amen.

Mgr Eric Aumonier,

évêque de Versailles.

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