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L’espérance


Apportée par la foi, l’espérance nous oriente vers la vie éternelle et transforme nos vies. Elle nous tourne vers nos frères et nous appelle à la mission. Redécouvrons l’une des trois vertus théologales.

L’espérance est tournée vers la vie éternelle en Dieu

 

« Si nous avons mis notre espérance en Christ, pour cette vie seulement,
nous sommes les plus à plaindre des hommes. » (1 Co. 15, 19)

Cette affirmation de l’apôtre Paul rejoint l’aspiration traversant l’ancien testament, d’une espérance tournée vers la vie éternelle en Dieu.
Le livre de la Sagesse évoque ainsi la situation des justes persécutés qui, aux yeux des hommes ont subi un châtiment, mais « leur espérance était pleine d’immortalité. » (Sg. 3, 4)
Dans le psaume 38, l’homme, ici-bas, n’est qu’un souffle, il va, il vient, il n’est qu’une image, mais il place son espérance en Dieu (Cf. Ps. 38, 6-8).
Placer son espérance en Dieu et pour la vie éternelle apparaît de fait comme la seule alternative possible aux espérances purement humaines, nécessairement limitées et inaptes à combler le cœur de l’homme.
Dans son encyclique « Spe salvi1 », le pape Benoît XVI fait une analyse de ces espérances, sans dénier leur valeur, mais en soulignant leur limites. Il note ainsi que les structures, bien que nécessaires, sont incapables de garantir « le bien être moral du monde », et constate que «  le règne du bien définitivement consolidé n’existera jamais dans ce monde  » (n° 24). Il rejette ainsi la vision fallacieuse consistant à placer son espérance dans la science, car « Ce n’est pas la science qui rachète l’homme. L’homme est racheté par l’amour ». L’amour humain, certes, mais plus encore par l’amour de Dieu, dit-il en citant l’apôtre Paul : « « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ » (Rm. 8, 38-39).
C’est cette espérance sans limite dans l’amour de Dieu que le Christ est venu concrétiser, lui qui est « le pain de vie » (Jn. 6, 35).

La foi et l’espérance de la vie éternelle

« Qu’apporte la foi ? – la vie éternelle ».

Dans le dialogue précédant le baptême, le catéchumène demande la foi et proclame que celle-ci apporte la vie éternelle. C’est par la foi et en vue de la vie éternelle que le baptême fait de nous des chrétiens. Devenir chrétien, c’est faire confiance en Dieu pour qu’il nous conduise, dans l’Esprit, par la mort et la résurrection du Christ, vers la vie éternelle. Avec l’apôtre Paul, « gardons indéfectible la confession de l’espérance, car celui qui a promis est fidèle » (Hé. 10, 23).

Quelle vie éternelle ?

La vie éternelle est digne d’espérance si elle est autre-chose que le renouvellement de la succession des jours que nous connaissons. Dans son encyclique déjà citée, le pape Benoît XVI insiste sur ce point en affirmant qu’au contraire l’éternité est « quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. » Il cite à ce propos l’évangile selon Saint Jean, où Jésus dit : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn. 16, 22).

L’espérance transforme nos vies

Le Pape François a consacré une audience générale2 au thème de l’espérance, en s’appuyant sur la première lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens. Ceux-ci peinaient à croire en la résurrection des morts. « Paul, face aux craintes et aux perplexités de la communauté, invite à garder solidement sur la tête, comme un casque, en particulier dans les épreuves et dans les moments plus difficiles de notre vie, ‘l’espérance du salut’ (1Th. 5, 8). C’est un casque. Voilà ce qu’est l’espérance chrétienne ». Notre résurrection et celle de nos chers défunts « est une réalité certaine, dans la mesure où elle est enracinée dans l’événement de la résurrection du Christ. Espérer signifie donc apprendre à vivre dans l’attente. »
La foi en la résurrection du Christ nous apporte la certitude de l’espérance du salut déjà réalisé en lui et cette certitude nous remplit d’assurance, comme le souligne Saint Paul dans sa seconde épître aux Corinthiens : « En possession d’une telle espérance, nous nous comportons avec beaucoup d’assurance » (2Co. 3, 12). Partageons donc avec lui l’assurance qui lui fit proclamer la résurrection des morts devant le Sanhédrin (Cf. Ac. 23, 6).
« Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm. 5, 5).
Pour autant, l’espérance de la vie éternelle ne détourne pas les chrétiens d’accomplir leurs obligations dans le monde. Si elle s’oppose au sécularisme prisé par le monde contemporain, elle n’est pas l’opium du peuple qui « érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage d’une vie future, […] le détournerait d’édifier la cité terrestre. »3 Bien au contraire, « l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller »4.
S’amorce ainsi une vision universelle de l’espérance qui apparaît comme une vertu devant être partagée, dans la perspective de l’accomplissement du Royaume de Dieu.

L’espérance du Royaume

L’espérance du Salut est communautaire, car elle vise à l’accomplissement du Royaume promis à tous les hommes. Elle est ferment de mission, puisqu’il nous importe de rendre compte de l’espérance qui est en nous, selon la parole de Saint Pierre (1 P. 3, 16)
La conclusion5 de « Gaudium et spes » développe cette idée à partir de l’évangile selon Saint Mathieu (Mt 7, 21) : « Ce ne sont pas ceux qui disent ‘Seigneur, Seigneur !’ qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père ». Or cette volonté du Père se manifeste dans deux directions :

  •  Un appel à la charité : reconnaître en tout homme le visage du Christ et l’aimer pour de bon.
  • Un envoi en mission afin « que nous partagions avec les autres le mystère d’amour du Père céleste ». Il s’agit de provoquer tous les hommes «  à une ferme espérance, don de l’Esprit, afin d’être finalement admis dans la paix et le bonheur suprêmes ».

Nourrir l’espérance

Dans ses numéro 32 à 48, l’encyclique « Spe salvi  » énumère trois « lieux » d’apprentissage et d’exercice de l’espérance.
Le premier est la prière comme école d’espérance, la prière par laquelle « l’homme ne devient pas libre seulement pour Dieu, mais il s’ouvre aussi aux autres. »
Ensuite vient l’action : « Tout agir sérieux et droit de l’homme est espérance en acte ». La souffrance aussi, nous dit le pape, en citant le martyr vietnamien Paul Le-Bao-Tinh (mort en 1857) : « Par la grâce de Dieu, au milieu de ces supplices qui ont coutume d’attrister les autres, je suis rempli de gaieté et de joie, parce que je ne suis pas seul, mais le Christ est avec moi »
Le troisième « lieu » est celui de l’attente du jugement « la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance ».

Philippe de Pompignan

La petite espérance

« L’espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l’éternité.
Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent par la main,
La petite espérance
S’avance. »6


1 Pape Benoît XVI, « Spe salvi », Encyclique du 30 novembre 2007
2 Pape François, « Audience générale du Mercredi 1er février 2017 »
3 Vatican II, Constitution pastorale « Gaudium et spes », no 20.
4 d° n° 39
5 d° n° 93
6 PÉGUY, Charles, « Le porche du mystère de la deuxième vertu, » Emile Paul, Paris, 1911, p. 32.

Ill : vitrail placé derrière l’autel – Notre-Dame de la Résurrection – Le Chesnay-Rocquencourt.