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Un blason, une devise, un évêque : les vitraux de l’évêché de Versailles


Au rez de chaussée de l’évêché de Versailles se succèdent la salle du conseil, le salon d’accueil et la chapelle. Dans le rectangle inférieur, les grandes fenêtres de ces trois pièces sont animées par une série de vitraux historiés. On y voit se succéder une série d’armoiries épiscopales, avec ou sans devise.

Un peu d’héraldique

Armoiries épiscopales, terme étrange pour une héraldique (de heaume, casque médiéval) qui semble davantage concerner chevaliers et hommes d’armes. Dès le XIIIe siècle, cependant, les dignitaires ecclésiastiques adoptent la coutume chevaleresque du siècle précédent et se font identifier par des armoiries. Cet usage se répand dans toute la hiérarchie sacerdotale, et chez les religieux et religieuses.

Les armoiries épiscopales se composent de deux parties, une partie commune évoquant la dignité conférée : chapeau plat à larges bords de couleur verte ou sinope, « accompagné d’une cordelière à six houppes » ou exceptionnellement dix houppes pour monseigneur Blanquart de Bailleul (1832 à 1844) sans doute en référence à son devenir d’archevêque de Reims. L’écu est surmonté généralement d’une croix ou croix de procession à une traverse, d’une couronne pour les plus anciens. La mitre et la crosse entourent la croix. Le blason ou écu est lié à la personne de l’évêque, blason familial, dévotion particulière, évocation d’un évènement ou lieu significatif. Il est souvent accompagné d’une devise qui est l’expression de la volonté pastorale de l’évêque dans la mission qui lui a été confiée. Devise et armoiries sont adoptées pour la vie, seul le « chapeau » changera selon la dignité conférée.

L’héraldique ecclésiastique est un art très codé, où tout est symbole ou référence : les couleurs par exemple, l’or évoque l’inaltérabilité de Dieu, le bleu est la couleur mariale, le rouge, le sang versé et la passion. On y retrouve tous les signes de la foi : la croix, l’agneau, l’ancre, le lys, l’étoile, la colombe etc…

Salle du conseil

Dans la salle du conseil se succèdent les armoiries des huit premiers évêques de notre diocèse depuis le concordat de 1801, de monseigneur Charrier de la Roche (1802 à 1827)(1) à monseigneur Roland-Gosselin (1931 à 1952). Les armoiries, sans doute familiales pour notre premier évêque (photo n°1) évoluent vers une signification plus pastorale. La devise IXTHUS (poisson) est inscrite en grec sur la devise de Monseigneur Borderies (1844 à 1857) (photo n° 2). Le poisson, « Jésus Christ fils de Dieu sauveur », est le signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Sur l’écu on peut voir un dauphin enroulé autour d’une ancre, sur fond bleu. La plupart des devises proviennent de références évangéliques, bibliques ou liturgiques comme la devise de monseigneur Gros (1844 à 1857)(photo n°3) « IN LABORE REQUIES », issue du Veni Sancte Spiritus avec la colombe rayonnante sur fond azur illustrant l’écu. Monseigneur Gibier (1906 à 1931) (photo n°4) choisit une devise empruntée à la spiritualité bénédictine, « ORA ET LABORA », prie et travaille, avec une simple croix or sur fond azur, une charrue à la croisée. « … Je me sens destiné seulement à labourer mon champ, à creuser mon sillon… » (2). Monseigneur Gibier est le premier évêque nommé par le pape après la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Monseigneur Roland-Gosselin (1931 à 1952) abandonne la mitre et fait de la crosse, symbole du Bon Pasteur, le support de l’écu (photo n°5).

Dans cette salle, seul monseigneur Mabile (1858 à 1877) n’a pas d’armoiries. À l’intérieur du « chapeau », un simple sceau en mandorle avec le Chrisme (monogramme du Christ en Grec), entouré de l’alpha et l’oméga (Apocalypse 21-6), « je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin », et la devise DEI VIRTUS sur fond rouge : la force de Dieu (Romains 1-16), « l’Évangile est force de Dieu pour le salut de tous les croyants ».

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Oratoire

Dans l’oratoire, on trouve les armoiries de monseigneur Renard (1953 à 1967) (photo n°1), qui devient archevêque de Lyon et est nommé cardinal par Paul VI en 1967. Un simple écu à croix or sur fond rouge, avec la devise « EX FIDE IN FIDEM », de la foi vers la foi (Romains 1-17) « car en la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi comme il est écrit : le juste vivra de la foi ». Se succèdent les armoiries de ses trois évêques auxiliaires, monseigneur Vandewalle (1958 à 1960), monseigneur Ménager (1955 à 1961) et monseigneur Malbois (1961 à 1966) (photos n°2, 3, 4). Le diocèse de Versailles, alors département de Seine et Oise, couvrait un vaste territoire et une population exponentielle.

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Salon d’accueil

Dans le salon d’accueil, nos derniers évêques. Monseigneur Simonneaux (1967 à 1988), monseigneur Thomas (1988 à 2001), et monseigneur Aumonier (2001 à 2021). Les vitraux sont plus colorés, les chapeaux et les glands sont verts. La croix de procession traverse les écus des deux premiers et la devise de monseigneur Thomas est rédigée en français, « comprendre, aimer, servir » : « Dans une joyeuse obéissance à la mission épiscopale qui m’est confiée au milieu de vous, avec vous et pour vous, je vous assure de ma détermination permanente à vous comprendre, vous aimer et vous servir. Ces trois attitudes constituent ma devise » (homélie d’intronisation juin 1988) (3).

C’est dans ce salon d’accueil qu’a été posé et inauguré le 24 janvier dernier le vitrail portant les armoiries de monseigneur Aumonier, réalisé par les ateliers Loire. Chapeau et glands verts, écu à fond d’azur avec croix or, étoiles et fleurs de lys évoquant Marie au pied de la croix. L’écu est traversé par une crosse très simple, le bâton de berger que monseigneur Aumonier a évoqué récemment dans son homélie d’adieu à la curie du 4 février 2021, commentant Marc 7-13 « Il leur prescrit de ne rien prendre pour la route, seulement un bâton ». Le bâton qui conduit et accompagne notre pèlerinage sur la terre, le bâton de la prière sur lequel on s’appuie dans les moments difficiles, et enfin le bâton du pasteur qui rassemble et va chercher les plus faibles et les plus isolés, qui n’abandonne aucune de ses brebis. Par sa devise, « AVANCE AU LARGE », c’est-à-dire « avance en profondeur » (Luc 5-4 « Quand il eut fini de parler, il dit à Simon « avance en eau profonde et lâchez vos filets »), monseigneur Aumonier trace le chemin missionnaire qu’il veut impulser à tout le diocèse (Lettre pastorale Épiphanie 2013).

Ainsi les vitraux de l’évêché, avec leurs couleurs délicates et l’élégance de leur dessin, nous invitent à parcourir plus de deux siècles d’histoire de notre diocèse, en découvrant avec émotion la foi et la volonté pastorale de ses évêques qui donnent sens à l’action de chacun d’eux : fondations de séminaire, construction d’églises, organisation structurelle et liens intercommunautaires, et toujours la mission.

Et le blason de monseigneur Luc Crepy ?

 

Traversé par la croix de procession, l’écu donne à voir la Vierge du Puy sur fond bleu, la coquille du pèlerinage de St Jacques de Compostelle, et le cœur ardent de Jésus surmonté d’une croix, allusion à la dévotion particulière de saint Jean Eudes au Saint Cœur.
Sa devise : « DELECTARE IN DOMINO » (psaume 37/4) « trouve ta joie dans le Seigneur », référence à l’Évangile de la joie du pape François, joie d’accueillir la bonne nouvelle du Christ.
Joie pour le diocèse d’accueillir son nouvel évêque !

 

Chantal Courtois, mars 2021


(1) Les dates adoptées sont celles de la mission épiscopale à Versailles.

(2) Cité par Dominique Gracqueur in Les évêques de Versailles (1998, révisé en 2002)

(3) Sources juin 1988

Bibliographie

  • Dominique Gracqueur : Les évêques de Versailles, Chateaufort, ed SOCEVAL 1998, rééd en mars 2002)
  • Bruno Bernard Heim : Coutumes et Droit héraldiques de l’Eglise, Paris, Beauchesne 1949
  • Archives et réserve de l’évêché de Versailles.