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Ordinations presbytérales du 28 juin 2026 I Homélie de Mgr Luc Crepy I Vidéo de la cérémonie


« Pierre, m’aimes-tu vraiment ? » (Jn 21,16), telle est la question que le Christ ressuscité pose par trois fois à Pierre. C’est une question qui va au-delà du triple reniement de l’apôtre sur lequel le Christ fonde son Eglise – « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mt 16,18) –. Pour Pierre, il n’y a qu’une réponse possible : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » (Jn 21,17).

Pierre, d’une certaine manière, retourne la question à Jésus : c’est lui, le Christ, qui sait combien notre amour pour lui est fragile. Oui, Seigneur tu sais bien que je t’aime… et tu sais tout ce que je suis, avec mes forces, mes limites, mes peurs, mes péchés, mais aussi ma confiance, ma joie, ma foi et mon espérance en toi. Le Christ sait tout et, le premier, nous appelle et nous manifeste son amour, comme il a appelé Pierre au bord du lac et comme il lui pardonne et lui fait confiance en lui donnant, lui l’unique Berger, la mission de guider ses brebis et ses agneaux.

En ce jour de votre ordination presbytérale, chers Amaury, César, Frédérik, Louis, Pierre et Thomas, la question du Christ à Pierre vous est aussi posée. Le oui que vous prononcez aujourd’hui engage toute votre vie. Ce oui, vous le posez par amour du Christ Jésus.

Alors, le Christ et l’Eglise vous confient la mission de pasteurs du troupeau du Seigneur. S’il y a bien une parole importante dont vous pourrez faire mémoire chaque année quand vous fêterez votre anniversaire d’ordination, c’est bien cette question du Christ et la réponse que vous avez donnée. « M’aimes-tu vraiment ?… Oui, Seigneur tu sais que je t’aime ! » : gardez dans votre cœur et dans votre mémoire ce dialogue entre Pierre et Jésus, il sera une source de force et de fidélité tout au long de votre ministère.

Bien sûr, votre amour du Christ ne date pas d’aujourd’hui. Dans votre histoire personnelle – votre histoire sainte –, vous avez sûrement, en bien des étapes, redit au Seigneur combien vous l’aimez. Vous lui avez aussi demandé de vous donner la force de son Esprit pour que votre amour du Christ Jésus soit fort et soit au cœur de l’engagement que vous prenez aujourd’hui de servir l’Eglise et le monde comme prêtres. Rappelez-vous bien que ce qui est au cœur du ministère et de la vie des prêtres, c’est leur amour pour le Christ, ou mieux encore, c’est l’amour que le Christ leur porte parce qu’il les a appelés. C’est là que s’enracine et se déploie la fidélité des prêtres :

« Notre fidélité n’est rien d’autre qu’une réponse à la fidélité de Dieu. Dieu qui est fidèle à sa parole, qui est fidèle à sa promesse, qui marche avec son peuple en accomplissant la promesse près de son peuple. » (Pape François, 15/02/2020).

Dieu est fidèle parce qu’Il nous aime !

Des bibliothèques entières racontent bien des choses intéressantes sur ce que sont les prêtres, mais l’essentiel se comprend d’abord dans ce lien particulier, profond et vital qui les unit au Christ Pasteur, au Christ Tête, au Christ Epoux, au Christ Serviteur donnant sa vie pour son troupeau. « Pierre, m’aimes-tu ? Oui Seigneur, tu sais que je t’aime ! » Chers Ordinands, dans votre vie quotidienne, laissez, jour après jour, une place croissante au Christ. Dans la force de l’Esprit, apprenez, comme disait saint Paul (cf. Gal 2,20), à laisser le Christ vivre en vous. Pour cela, l’Eglise, dans sa sagesse et dans son expérience, vous dit : nourris-toi de l’Ecriture, célèbre la liturgie des heures, donne une place inamovible à l’oraison, partage une vie de prière communautaire, réfléchis et entre toujours plus dans l’intelligence de la foi, sois à l’écoute des autres baptisés, et bien sûr ressource-toi, jour après jour, dans la célébration de l’Eucharistie, dont tu seras le ministre. Et surtout, n’oublie pas les plus pauvres, c’est en eux que tu découvriras aussi le visage du Christ.

«  Le prêtre est appelé à redécouvrir dans la prière le visage toujours nouveau du Seigneur et le contenu le plus authentique de sa mission. C’est seulement dans une relation intime avec le Seigneur que l’on est saisi par lui, que l’on peut apporter aux autres et que l’on peut être envoyés. « Rester avec lui » doit toujours accompagner l’exercice du ministère sacerdotal, doit en être la partie centrale, même et surtout dans les moments difficiles, lorsqu’il semble que ce que nous avons à faire doit avoir priorité. Ou que nous soyons, quoi que nous fassions, nous devons toujours rester avec lui  ». (Benoît XVI, 20/06/2010)

Témoins du Christ ressuscité, que tous puissent voir en vous des hommes passionnés de cette bonne nouvelle offerte aux hommes et aux femmes de notre temps, en quête d’un sens à leur existence, cherchant un peu de lumière et d’amour quand la vie est rude et parfois désespérée. Par votre joie d’annoncer l’Evangile, que beaucoup découvrent le feu intérieur qui vous anime ; un feu qui interroge, qui interpelle et qui surprend comme les paroles de Pierre à l’infirme de naissance qui se tenait à la porte du Temple : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » (Ac 3, 6)

Aimer le Christ, c’est apprendre à aimer comme lui. Notre relation au Christ n’est pas étrangère à nos relations aux autres, au contraire, elle les transforme : nous apprenons à regarder avec le regard du Christ, à pardonner comme lui, à être témoins de la miséricorde de Dieu. Tout au long de l’Evangile, nous voyons combien Jésus enseigne à ses disciples ce qu’est aimer à travers son attention aux pauvres et aux plus petits, à travers l’accueil de tous, et en particulier de ceux laissés au bord du chemin. Les prêtres sont appelés à être des hommes qui font des ponts, qui travaillent à la communion, qui construisent des passerelles entre les personnes et avec Dieu. Ainsi le pape Léon XIV (27/04/26), s’adressant à des ordinands disait : « Plus votre lien avec le Christ est profond, plus votre appartenance à l’humanité commune est radicale. Il n’y a ni opposition, ni rivalité entre le ciel et la terre : ils s’unissent pour toujours en Jésus. Ce mystère vivant et dynamique engage le cœur dans un amour indissoluble ; il l’engage et le comble. Vous êtes appelés à aimer d’une manière spécifique, délicate et difficile et, plus encore, à vous laisser aimer dans la liberté. » C’est tout le sens du célibat que vous avez reçu lors de votre ordination diaconale, un célibat qui fait de vous des hommes libres de se donner à tous, accueillants à tous à la suite du Christ chaste, pauvre et obéissant. Oui, il s’agit bien d’aimer comme le Christ aime et de vous laisser aimer dans la liberté.

Le bienheureux Pierre de Porcaro, prêtre du diocèse de Versailles, vicaire à Saint-Germain-en-Laye et mort au camp de Dachau, écrivait : « le prêtre est un passeur de vie, le prêtre est un passeur de la grâce » C’est, chers ordinands, ce que je vous souhaite et ce que je demande au Seigneur, en ce jour, avec nous tous. Par votre vie, par vos paroles, par vos actes, par le don de vous-mêmes, par votre joie, soyez ces passeurs de la grâce. Par grâce, vous avez été appelés, par grâce vous en devenez les passeurs pour tous !

Pour terminer, je m’adresse à tous les jeunes présents ou sur les réseaux sociaux pour leur dire : « Regardez ces six futurs prêtres ! Ce sont des hommes libres qui répondent à l’appel du Christ et de l’Eglise ; ce sont des baptisés joyeux de vivre leur baptême dans la belle, difficile et passionnante mission de prêtres ; ce sont des disciples de Jésus qui veulent marcher à sa suite en donnant leur vie, lucides de leurs propres limites mais forts de la fidélité indéfectible de Dieu. Alors, si vous pensez que vous aussi, le Christ Jésus vous appelle… osez répondre, mettez-vous en route et que l’Esprit Saint vous guide ! » Amen.

 

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