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5 questions sur le péché


Certains disent que le péché c’est une invention de l’Eglise ? Le péché, est-ce comme une faute, ou une erreur ? L’Eglise nous parle de différents degrés de péché, pourquoi ? Si je commets un péché mais que je n’en ai pas conscience, considère-t-on cela, quand même, comme un péché ? Parler de péché, n’est-ce pas dans le fond très culpabilisant ?

1. Certains disent que le péché c’est une invention de l’Eglise ?

Il faut bien mal connaître l’Ecriture pour dire une chose pareille ! Comme si l’idée de péché était étrangère à la Bible elle-même et une simple construction théologique postérieure ! Or tout l’Evangile révèle en Jésus la miséricorde de Dieu pour les pécheurs. Par exemple, quand l’ange s’adresse à Joseph, il dit « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mr 1,21) ou bien Jésus lui-même : « Ceci est mon sang, versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. » (Mt 26,28). On ne comprend donc rien à l’évangile si on en retire la notion de péché.

Mais on ne peut surtout pas accueillir la miséricorde de Dieu sans se reconnaître pécheur. « Si nous disons : nous n’avons pas de péché, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Dieu est assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice. » (1 Jn 1,8-9). Dieu agit envers nous comme un médecin qui doit nettoyer une plaie avant de la soigner : par sa Parole et par l’Esprit Saint lui-même au fond de nos consciences, il met fortement à jour notre péché, pour pouvoir nous pardonner.

ATTENTION à ne pas perdre en même temps le sens du péché et celui de l’Amour de Dieu pour nous.

2. Le péché, est-ce comme une faute, ou une erreur ?

Pour définir le péché, le concile Vatican II (Gaudium et SPes 13) rappelle d’abord le projet de Dieu pour l’Homme. C’est un projet de communion entre l’Homme et Dieu, source d’une triple harmonie :

  • de l’Homme en lui-même,
  • avec les autres Hommes,
  • et avec l’ensemble de la création.

En refusant par son orgueil de se reconnaître ainsi soumis à Dieu, en voulant s’ériger lui-même en maître absolu de la vie, l’Homme a fait éclater cette harmonie, et se retrouve ainsi « en mille morceaux »

Notons toute l’actualité de cette théologie du péché, à l’heure de la mobilisation pour la planète : nous commençons à prendre conscience de ce que nous dit la foi, à savoir que l’égoïsme et l’envie de profiter sans limite nous conduisent à l’abîme.

Alors oui, le péché est une faute que je commets, ou dont je suis complice d’une manière ou d’une autre. Faute contre la Vérité de ce que nous sommes, contre la raison elle-même. Il est « amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » (St Augustin) : un refus d’aimer qui blesse Dieu, nous-même et les autres.

On peut noter comment Jésus, par son attitude de confiance et d’abandon entre les mains de son Père, est le contraire même du pécheur. Toute la violence de ce combat singulier entre Jésus et le péché éclatera dans la Passion : incrédulité, haine, lâcheté, moquerie, trahison, violence…..le péché y déploie tous ses visages, et il y sera vaincu. Le Oui de Jésus à son Père, jusqu’au bout, brise le Non de nos péchés.

3. L’Eglise nous parle de différents degrés de péché, pourquoi ?

Il y a une grande variété de péchés ; je dis « variété » et non « originalité » car seul l’Amour est créatif. Le péché est toujours d’une triste banalité. On peut donc classer les péchés selon leur objet, ou selon qu’ils concernent Dieu, le prochain ou soi-même, ou encore en péchés en pensée, en parole, par action et par omission, etc….Mais la racine du péché est toujours dans le cœur de l’Homme, dans sa libre volonté. Et c’est aussi là que se trouve en l’Homme le siège de l’Amour.

La Tradition de l’Eglise distingue donc le péché dit « mortel », en ce qu’il détruit tout à fait l’Amour dans un cœur, qu’il détourne radicalement l’Homme de Dieu, et le péché dit « véniel » qui blesse l’Amour mais le laisse néanmoins subsister. Que chacun rapporte cela à sa relation avec celui ou celle qu’il aime : par comparaison, on voit très bien ce que donne cette distinction, entre grosses ruptures et petites usures.

Un péché est donc « mortel » lorsqu’il porte sur une matière grave, c’est-à-dire dans les domaines énoncés par les 10 commandements ; lorsqu’il est commis en pleine conscience, et volontairement. Il ne faut pas en conclure pour autant qu’il y aurait ainsi des péchés « graves » et des péchés « pas graves » : on sait bien que les petites négligences du quotidien tuent parfois plus sûrement l’amour dans un couple que les crises majeures.

Cette distinction entre péché mortel et péché véniel est importante, car elle nous permet de rester vigilants aux différents visages du péché dans notre vie, et elle nous invite à prendre les moyens adéquats pour en sortir, et notamment bien sûr le sacrement de réconciliation.

4. Si je commets un péché mais que je n’en ai pas conscience, considère-t-on cela, quand même, comme un péché ?

Pour qu’un péché soit dit « mortel », c’est-à-dire qu’il brise donc tout à fait le lien de communion entre nous et Dieu, il faut qu’il soit commis en pleine connaissance de cause, et volontairement : que je sache que ce que je fais contrevient à la loi de Dieu, et que je le veuille librement et personnellement.

Alors si je n’en ai pas conscience ? Et bien il faut voir : si j’ignore la gravité de mon acte par négligence, ou par aveuglement volontaire, j’aggrave ma culpabilité plus que je ne la diminue… Mais il est certain qu’une ignorance involontaire, un mouvement sous l’effet de la passion, ou encore des troubles pathologiques peuvent diminuer, non la gravité de ce que j’ai fait, mais ma responsabilité de pécheur.

Il est important de garder devant les yeux la possibilité, pour chacun de nous, de ce péché mortel, de ce refus total de Dieu, et donc l’hypothèse réelle, pour chacun de nous, de cette rupture définitive de communion avec Dieu qu’on appelle l’enfer. Après avoir peut-être trop abusé de ces thèmes dans le passé, ne tombons pas aujourd’hui dans l’extrême inverse en ignorant une perspective réelle ! Je suis libre d’aimer, comme je suis libre de refuser d’aimer. Or aimer, c’est vivre, et refuser d’aimer, c’est mourir.

Jésus dit bien dans l’Evangile que tous les péchés sont pardonnables, sauf un : le péché contre l’Esprit, c’est-à-dire le refus d’accueillir celui qui est la personne – Don, le pardon.

5. Parler de péché, n’est-ce pas dans le fond très culpabilisant ?

Vous dites culpabilisant, moi je dis libérant ! Car le péché est une réalité : « Ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience nous le confirme » (Vatican II – GS 13). Chacun de nous sait, par expérience, les divisions, les contradictions, les souffrances qu’il porte en lui-même. Taire le nom de cet état de fait ne sert à rien, si ce n’est à faire la fortune des psys….

Oui il est libérant de connaître le nom du mal dont nous souffrons ; il est libérant de savoir qu’il n’y a pas de fatalité, que ce mal ne fait pas partie de nous au sens où il serait inscrit dans notre logiciel, mais qu’il s’agit au contraire d’un bug réparable ! Il est libérant de savoir que l’Homme n’est pas fait pour le péché, et qu’il peut donc espérer, de manière réaliste, en être libéré. Il est libérant surtout de savoir, et c’est bien là l’essentiel, que Jésus Christ nous libère du péché.

Nous ne sommes pas prisonniers pour toujours des cercles du mal, qui font de nous tour à tour des victimes et des coupables : Par le baptême d’abord, puis par les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie ensuite, Dieu ne fait pas que fermer les yeux sur notre péché : il nous pardonne pour de vrai ; il nous ouvre une voie de liberté, pour de vrai.

Alors oui, j’ose dire que le message de notre foi sur le péché est libérant, qu’il est une bonne nouvelle.

P. Bruno VALENTIN