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L’adoration des bergers à Andrésy


Pour représenter La Nativité de Jésus, le peintre a choisi la scène de l’adoration des Bergers évoquée par l’évangéliste Luc (Lc 2. 15-17). Ici les Anges annonciateurs de la Bonne Nouvelle de cette naissance sont absents, en revanche deux bergères accompagnent les bergers et toute l’humanité est ainsi présente.

Un tableau de LUBIN BAUGIN vers 1650-1655 à l’église paroissiale Saint-Germain d’Andrésy

Cette toile est caractéristique de l’œuvre raffinée de Lubin Baugin, artiste œuvrant en France au milieu du XVIIème siècle.

La composition s’organise de façon stricte

La scène se déroule sur un plan horizontal défini par un mur qui délimite deux plans.
l-adoration-des-bergers-andresy_vierge.previewAu premier plan la Vierge est représentée à genoux en adoration devant le nouveau-né posé sur un linge blanc qui l’isole de la paille brute de la mangeoire. Les mains croisées sur le cœur, elle semble contenir son émotion devant la présence ineffable de l’Enfant-Dieu. En face d’elle, deux bergères : leur silhouette penchée vers l’enfant délimite avec celle de la vierge un ovale au centre duquel la lumière qui émane de l’enfant irradie les trois personnages féminins. Un berger en prière, le coude appuyé sur un gros bloc de pierre, ferme l’espace central.

Légèrement en retrait, Joseph veille discrètement, tandis que le bœuf et l’âne, attentifs et graves, s’apprêtent à réchauffer de leur souffle le bébé dénudé. De l’autre côté, trois bergers : l’un d’eux porte un agneau sur ses épaules, un autre tient un grand bâton de pasteur. Alors que tous les regards des personnages sont dirigés vers l’enfant, un des bergers de ce groupe se détourne vers l’agneau apporté en offrande.

A l’arrière plan, le décor, dominé par un arbre feuillu et par une grosse colonne, reste d’un temple antique en ruine, nous invite à une lecture symbolique de cette œuvre savante :
La colonne est fissurée, comme le mur dans lequel on voit une brèche, le temple n’a plus de toit, seules les poutres sont visibles : c’est la fin de l’antiquité païenne qui est signifiée, la colonne fissurée symbolise aussi l’ancienne Loi désormais accomplie par la venue du Messie. L’arbre qui entoure la colonne c’est l’arbre de Vie. Les œufs disposés dans le panier d’osier symbolisent également la vie nouvelle apportée par le Christ.

La pauvreté de la naissance

l-adoration-des-bergers-andresy_jesusLa pauvreté de la naissance de Jésus est suggérée par l’humble mangeoire recouverte de paille et dont le pied branlant est retenu par une pierre.
Mais ce petit homme est le Fils de Dieu : la lumière qui émane de lui et irradie la Vierge en est le signe : « Il était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. » (Jn 1,9).
Notre regard est attiré par la pierre brute à l’angle de la mangeoire. L’œil glisse de là vers le nouveau-né puis vers le gros bloc de pierre taillée, juste derrière la mangeoire. C’est un rappel du psaume 118 : « la pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la pierre angulaire », (citation reprise telle quelle en Mt 21,42).
l-adoration-des-bergers-andresy_bergerEnfin, le regard détourné d’un des bergers vers l’agneau nous invite à contempler dans cette scène non seulement le mystère de la Nativité mais aussi celui de Pâques. Le bâton du berger annonce le Christ Bon Pasteur. Il forme aussi avec une poutre de l’édifice antique une croix et annonce la passion et le don d’amour de Jésus symbolisé par l’agneau. Le linge blanc préfigure le linceul, la pierre angulaire rappelle l’autel des sacrifices complètement renouvelé par celui du Christ. .
Alors que certains de ses contemporains préfèrent insister sur le réalisme et le dénuement de la naissance de Jésus, Lubin Baugin nous introduit dans une atmosphère poétique et religieuse. Tandis que plusieurs personnages sont laissés dans un léger flou, le pinceau de l’artiste s’attarde avec délicatesse sur les fines silhouettes des jeunes bergères agenouillées. Le ravissant visage de Marie est illuminé par la présence rayonnante du petit enfant qu’elle vient de mettre au monde. Saisis par ce moment de grâce, nous entrons dans le mystère et la joie de Noël.

Béatrice Dumas – Suzanne Orain 2014