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Le dialogue avec le judaïsme, une sève nouvelle pour le christianisme


Les Services diocésains des Yvelines pour l’unité des chrétiens et pour les relations avec le judaïsme organisent chaque année, le 8 mai, une journée de formation et de réflexion à la paroisse Sainte Pauline du Vésinet : Une journée riche, utile, joyeuse et conviviale !

Cette formation, qui remporte un succès croissant au fil des années depuis sa création à la suite du synode diocésain,  a rassemblé cette année plus de 80 personnes autour du thème : « Le dialogue avec le judaïsme, une sève nouvelle pour le christianisme ». Elle permet aux participants de se nourrir de tous ces enseignements et moments partagés au profit de leur engagement et de leurs actions pour l’unité des chrétiens et le dialogue avec le judaïsme.

Découvrir le judaïsme, en lui-même et comme intérieur au christianisme, afin de devenir davantage disciple de Jésus et artisan de paix, voilà ce que proposaient les intervenants : le père Emmanuel Gougaud, curé de la paroisse Sainte Pauline, directeur du service nationale de l’unité des chrétiens, délégué diocésain du service des relations avec le judaïsme, Madame le Rabbin Pauline Bebe, première femme rabbin de France et fondatrice de la Communauté Juive Libérale (le centre Mooyan : « la source »), Monsieur le Rabbin Philippe Hadadd, spécialiste du dialogue entre le judaïsme et le christianisme, et Madame Elzbieta Amsler, des Amitiés judéo-chrétiennes de France. Leurs interventions tout au long de cette journée ont permis une réflexion et des échanges d’une grande richesse dont voici un résumé :

Pauline Bebe, avec humour, finesse et talent, a expliqué sa vision du dialogue, en commençant par un merci : « Je ne serais pas là si des chrétiens n’avaient pas sauvé mon père et ma mère… » . Elle a insisté sur trois points :

  • La rencontre de l’autre. Cette rencontre avec « l’autre » (visage en hébreu : panim, est au pluriel) est exigeante et difficile mais elle fait avancer. Le judaïsme nous dit : nous avons une égale dignité devant le Seigneur, nous avons la même origine : Adam (Dieu, comme l’artisan qui frappe les pièces de monnaie, a façonné l’être humain à partir d’une seule personne, Adam), et nous sommes tous différents ; Autres. Le particularisme est essentiel dans le judaïsme. L’image du shoffar nous aide à comprendre cette notion : nous soufflons par le « petit bout », le particulier, pour aller vers plus grand : l’universalisme. Dans la racine du mot « frère » en hébreu, il y a la responsabilité. Lorsque nous pourrons dire : « Oui, je suis le gardien de mon frère »… nous serons dans la rencontre.
  • L’intime. Le dialogue rejoint l’intime de nous-même : ce que nous croyons. Mais il ne s’agit pas d’un dialogue de convictions. Il ne s’agit pas de convaincre l’autre de que je crois, car je ne détiens pas La vérité. Au nom de toutes les religions et de l’athéisme aussi, on a commis, on commet toujours des atrocités. Dans le dialogue nous sommes sur un chemin de tâtonnements… Le mouvement hassidique dit que Dieu s’est « retiré » du monde pour que l’homme poursuive son activité créatrice. Nous sommes dans le ‘retrait’, pour ne pas prendre la place de l’autre, pour permettre à l’autre d’exister. Chacun a sa place, sa mission particulière, dans cette mosaïque. Oui je suis le « gardien de mon frère ».
  • Le dialogue interreligieux. Il ne s’agit pas de chercher ce qui est semblable (la similitude exclut le vrai dialogue) mais de partir des différences et de les reconnaître. Ce dialogue est indispensable pour lutter contre toute forme de violence, de radicalisme, pour travailler à la juste place du spirituel dans le monde. Si nos dialogues nous font évoluer, Dieu, lui aussi, « évolue ». Il est dans « l’inaccompli ».

Le père Emmanuel a insisté sur l’importance de se décentrer de soi pour s’ouvrir à l’altérité, à l’inverse de la laïcité qui est neutralité. La vie spirituelle est dans le déplacement de soi, l’ouverture, le décentrement, pour vivre la Rencontre. Soyons des nains… montés sur les épaules des géants que sont les Pères de l’Eglise (comme le disait Bernard de Chartres) et voyons loin ! Comme le dit Pauline Bebe : Dieu est dans l’inaccompli.  Or l’homme cherche à « chosifier », à mettre la main sur… à posséder.  La vérité n’est pas statique, figée ; les religions s’influencent et évoluent. Il est nécessaire de retrouver l’Histoire dans « les histoires » de la Bible ; de retrouver dans l’historicité de la Bible ce qui s’adresse à nous, aujourd’hui, et à tous ceux qui nous entourent.

Elzbieta Amsler, née en Pologne, a témoigné de ce qu’elle a vécu : en quoi et comment la rencontre avec le judaïsme a transformé sa vie chrétienne. Après une « crise » à l’âge de 15 ans, elle vit une conversion fulgurante, après l’imposition des mains d’un prêtre… avant de partir pour Israël. Elle nous livre les rencontres qui ont transformé sa vie. « En Israël, j’ai vu le peuple juif vivant, priant. J’ai fait une rencontre avec Jésus juif. » Elle a fondé en Israël une association chrétienne œcuménique pour la repentance : chemin vers le dialogue et l’amitié avec le peuple juif, à la suite des grands acteurs du dialogue judéo-chrétien, de la rencontre entre le pape Jean XXIII et Jules Isaac, fondateur des Amitiés Judéo-Chrétiennes.

Philippe Hadadd a affirmé l’évidence que représente pour une majorité de nos contemporains la nécessité et la fécondité d’un dialogue entre le judaïsme et le christianisme depuis le Concile Vatican II. Ceux qui ne dialoguent pas, que ce soit catholiques ou juifs, sont minoritaires aujourd’hui. Il nous rappelle que Jésus, avant d’avoir changé le monde par la Bonne Nouvelle, a vécu comme un juif. Il a grandit, appris dès son plus jeune âge les rites de la prière du Shabbat, des fêtes ; Il a prié les psaumes, franchi le seuil de la majorité religieuse, porté le Talit et les Tefillines… Le principe fondamental de l’altérité présent dans le judaïsme, dans la Création, doit nous faire réfléchir, et nous animer. En effet, il n’y a que de l’altérité dans la création : aucun clônage. La tentation de l’uniformité est le produit du totalitarisme. Nous sommes dans un dialogue de femmes et d’hommes de foi et de bonne foi. Mettons-nous à l’écoute de l’autre.

Tous ces enseignements et échanges, ainsi que le temps du repas très vivant et riche, ont été source de joies, d’approfondissements, de questionnements, d’envie d’aller plus loin… de découvrir ou creuser les racines hébraïques des mots et des concepts pour chercher la sève qui irrigue le dialogue entre tous. Pour renouveler notre foi, notre rencontre avec le Christ, notre « judaïsme intérieur ».

Patricia Ouin – Didier de Saint Vincent – Aude de la Motte