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Juifs et Chrétiens : réparer le monde ensemble.


Le 10 mars 2024, à l’initiative des communautés juives des Yvelines et du service diocésain pour les relations avec le judaïsme, Juifs et Chrétiens se sont rencontrés au Chesnay-Rocquencourt pour réfléchir sur la notion juive du Tikkun Olam.

Le Tikkun Olam תיקון עולם : “Réparer le monde” est un concept issu de la pensée d’Isaac Louria Achkenazi, fondateur au XVIe siècle de l’école kabbalistique de Safed, et mystique extraordinaire. Le monde tel que Dieu l’a créé et voulu a subi une fracture : la chevirah ha-kelim = “brisure” des vases divins contenant la Lumière divine. Le Tikkun vient réparer les conséquences de cette catastrophe : remettre de la lumière, des étincelles de bonté et de beauté, dans ce monde abimé. C’est une responsabilité individuelle et commune.

Que peut-on faire pour réparer le monde ensemble ?

Tel était l’enjeu de cette journée : que tous, prêtres, pasteur(e)s, rabbins, présidents des communautés juives des Yvelines, laïcs engagés dans le dialogue judéo-chrétien, en présence de Mgr Luc Crepy, de Mr Haïm Korsia, de Mr Pascal Courtade, préfet délégué de Versailles et de Mr Richard Delepierre, maire du Chesnay-Rocquencourt, puissent se connaître et travailler ensemble dans un dialogue sincère et bienveillant.

Tous ont pu apprécier les échanges et la convivialité au cours d’un buffet organisé par Mr Maurice Elkaïm, président de l’ACIV (Association Cultuelle Israélite de Versailles-Le Chesnay). Lors de la table ronde animée par Valérie Boussard, présidente du CCJ78, divers intervenants ont pu s’exprimer sur cette problématique, rappelant l’importance et les enjeux actuels de cette responsabilité commune de se rencontrer, de travailler ensemble, de reconnaître en vérité la vocation de l’autre, source d’enrichissement mutuel.

 

Le véritable enjeu, qui concerne tout autant le juif que le chrétien, ne se limite pas à une meilleure connaissance mutuelle, aussi importante soit-elle. Il s’étend à la perception par chacun de la vocation qui est la sienne et dont il découvre peu à peu qu’il ne peut la comprendre qu’en acceptant de l’avoir reçue sans exclusive car elle lui a été donnée pour qu’il la mette en partage. La reconnaissance, alors, est double : on reconnaît à l’autre son altérité, on apprend de l’autre sa propre identité.

Cal Jean-Marc Aveline, Dieu a tant aimé le monde, p. 96.

Il est important de se rappeler que cette reconnaissance mutuelle s’enracine, comme l’a souligné Mr Haïm Korsia, dans le travail réalisé de part et d’autre, notamment depuis Nostra Aetate, et dans le changement de regard initié par Jules Isaac il y a 76 ans. Car c’est bien dans l’amitié entre nos peuples, comme nous l’avons vécue ce dimanche 10 mars, que le Tikkun Olam se manifeste.

Quels points d’appui pour un dialogue renouvelé pour une responsabilité commune ?

Comme l’a affirmé Mgr Luc Crepy lors de cette table ronde : “Une manière d’œuvrer à cette réparation du monde, c’est relever le défi de la fraternité… un défi qui ne doit pas en rester un simple mot mais doit prendre chair et trouver une expression concrète et forte dans une relation sans cesse renouvelée entre frères et sœurs, juifs et chrétiens, et au-delà et à travers cela offrir à nos contemporains un horizon de civilisation où la fraternité est à la source d’une égalité plus grande et d’une liberté plus forte. Pour les catholiques, ceci signifie très concrètement poursuivre le travail urgent et incontournable de la déconstruction de l’antijudaïsme chrétien comme les évêques de France l’ont rappelé récemment, dans un livre préfacé par Haïm Korsia.
Ensemble, quels défis d’aujourd’hui et de demain pouvons-nous relever ? Comment une meilleure connaissance mutuelle peut nous aider à avancer ? Comment finalement cherchons-nous à mettre en œuvre la volonté de Dieu dont la bénédiction est donnée aux artisans de paix ? Les ressources de notre foi sont riches et fortes pour œuvrer à cette réparation du monde.

Une réparation qui, selon lui, ne peut se réaliser sans humilité ni esprit de service : “Le service du frère et de la sœur dans l’humilité, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus beau ? Réparer le monde – Tikoum Olam – c’est entrer humblement au service de l’autre et construire avec lui un chemin de fraternité sur lequel l’autre est respecté et accueilli comme un frère. Proximité du frère dans l’humilité, c’est confesser aussi notre condition de créature et que nous sommes tous dans la main de Dieu… c’est confesser que Dieu se penche sur les humbles : ‘Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ; de loin, il reconnaît l’orgueilleux.’ (Ps 137,6) ‘La crainte du Seigneur est école de sagesse : avant les honneurs, l’humilité !’ (Pr 15,33).”

« C’est cette attitude d’humilité qui nous permet de dialoguer entre juifs et chrétiens, et plus largement avec d’autres. Une des conditions du dialogue et de la fraternité entre nous est cette attitude d’humilité qui accueille et rejoint l’autre. » Ces valeurs d’ouverture du cœur, de générosité dans l’accueil de l’autre, de bienveillance et de courage sont celles, sans aucun doute, qu’un homme extraordinaire a montré durant toute son existence : Monsieur Samuel Sandler, de mémoire bénie.

 

Unis contre l’antisémitisme

Nous avons clôturé cette rencontre en récitant ensemble la prière des Psaumes :

Heureux l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Psaume 1.

Nous étions unis par la pensée le 10 mars à ceux qui vivaient cette 3e Journée Nationale de lutte contre l’antisémitisme organisée par l’AJCF au Mémorial de la Shoah.

Mr Jean-Dominique Durand, président de l’AJCF, rappelait lors de cet événement les mots de Mr Sandler dans son livre dédié à son fils et ses petits-fils : “Jamais nous ne connaîtrons la paix“. Ce cri de douleur retentit aujourd’hui dans tout le peuple juif. Sachons l’entendre. Plus que jamais, en cette année tragique, nous avons conscience du combat à mener, dans cette progression de forces destructrices puissantes agissant au Proche Orient et dans le monde. Dénoncer encore et toujours toute forme d’antisémitisme et être aux côtés de nos frères, telle est notre mission et notre responsabilité.

Aude de la Motte

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