
Session de rentrée des séminaristes, sur les pas du Bienheureux Pierre de Porcaro
À l’occasion de leur session de rentrée, les séminaristes du diocèse de Versailles, accompagnés de Mgr Luc Crepy et de leurs formateurs, ont marché sur les pas du Bienheureux Pierre de Porcaro. De Munich à Dachau, en passant par Marktl am Inn, Altötting et Thonon-les-Bains, ce voyage de mémoire a été un temps de fraternité, de prière et de réflexion sur le don de soi, le mal et l’espérance chrétienne.
Une rentrée sous le signe de la fraternité
Chaque session de rentrée des séminaristes permet de nous retrouver avec Mgr Luc Crepy, les prêtres nouvellement ordonnés et les formateurs, dont plusieurs sont enseignants au Séminaire de Versailles. Ces temps ont pour objectif de creuser ensemble un thème particulier et de renforcer la fraternité qui se tisse peu à peu entre nous, à travers les échanges, les temps spirituels et les moments fraternels et simples que nous partageons.
Cette année, nous avons choisi de partir en voyage de mémoire sur les pas du Bienheureux Pierre de Porcaro, patron de notre séminaire. Vicaire à Saint-Germain-en-Laye, il avait répondu à l’appel de son évêque pour partir auprès des jeunes du Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne. Il fut arrêté puis interné au camp de Dachau, où il mourut en 1945.
Béatifié en décembre 2025 à Notre-Dame de Paris, avec 49 autres chrétiens, Pierre de Porcaro a été reconnu martyr, comme ceux qui sont morts en raison de l’apostolat mené auprès des jeunes du STO en Allemagne durant la guerre. Ce voyage nous a permis de mieux découvrir la figure de celui dont le témoignage demeure une référence pour notre formation au ministère sacerdotal.
De Munich à Dachau : la résistance au mal
Le premier jour, nous avons rejoint notre évêque, Mgr Luc Crepy, à Munich. Nous avons ouvert la session par la messe à la cathédrale, au cours de laquelle six d’entre nous ont été admis parmi les candidats au presbytérat. Nous avons ensuite découvert le magnifique patrimoine baroque du centre de Munich. Après le déjeuner nous sommes rendus à la Ludwig-Maximilians-Universität, où Hans et Sophie Scholl ont étudié et organisé la résistance au régime nazi. Leur témoignage demeure celui d’une jeunesse intellectuelle engagée contre le totalitarisme jusqu’au prix de sa vie.
La journée à Dachau a constitué un temps particulièrement intense. Sous un ciel maussade, qui semblait faire écho à la gravité des lieux, Madame Laurence Mathias, notre professeur de philosophie politique, nous a introduits à l’histoire et à la spécificité du camp de Dachau, ouvert le 22 mars 1933, quelques semaines après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, et devenu un lieu d’expérimentation du système concentrationnaire nazi. Nous avons également réfléchi aux enjeux anthropologiques et politiques de la question du mal, dans sa banalité comme dans sa radicalité.
Cette préparation philosophique nous a aidés à entrer avec profondeur, silence et gravité dans le mémorial du camp, empreint du mystère de la Croix et du témoignage ultime d’un amour et d’une espérance plus grands que le mal. Les sœurs du Carmel, installé aux portes du camp, nous ont accueillis pour le déjeuner, occasion d’échanger sur nos chemins spirituels et sur la force de la prière.
Puis, en présence du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et de Freising, et de Mgr Luc Crepy, nous avons béni et déposé une plaque mémorielle en l’honneur du Bienheureux Pierre de Porcaro. Elle est désormais installée dans le musée du Mémorial, aux côtés de celle du Bienheureux Karl Leisner. Nous avons retenu pour cette plaque une parole de Pierre de Porcaro : « Le prêtre est un passage de vie. »
De la mémoire à l’espérance
Après cette journée qui nous avait plongés au cœur du Vendredi saint, nous avons poursuivi notre pèlerinage en nous rendant à Marktl am Inn, lieu de naissance et de baptême du pape Benoît XVI, comme pour entrer dans la lumière du Samedi saint. Dans sa maison natale, nous avons découvert la vie simple et féconde de Joseph Ratzinger et de sa famille, creuset de sa vie spirituelle.
Puis, puisant aux sources de la vie nouvelle reçue au baptême, nous avons marché à travers la forêt, dans un climat de partage fraternel et spirituel, en direction du grand sanctuaire marial d’Altötting, où le pape Benoît XVI venait souvent se ressourcer. Nous y avons confié à Notre-Dame toutes nos intentions, ainsi que celles reçues au cours de nos apostolats.
Sur le chemin du retour, nous avons fait un détour par Thonon-les-Bains, au bord du lac Léman. La basilique Saint-François-de-Sales et l’église Saint-Hippolyte abritent un chemin de croix peint en 1943 par l’artiste yvelinois Maurice Denis. L’Abbé Pierre de Porcaro y est représenté à deux reprises dans les dernières stations, alors qu’il n’était pas encore mort ni même interné à Dachau.
Nous avons ainsi pu approfondir la spiritualité de saint François de Sales, que le Bienheureux Pierre de Porcaro avait choisi de vivre. Les sœurs du monastère de la Visitation nous ont également permis d’en découvrir un visage vivant et actuel.
Cette session sur les pas du patron de notre séminaire nous a permis de prendre davantage conscience de la beauté d’une vie donnée pour un peuple et enracinée dans l’amour du Christ. De la mémoire de la souffrance à la lumière du baptême, notre chemin nous a rappelé que la vocation sacerdotale est un appel à devenir, à la suite du Christ, un « passage de vie » pour ceux qui nous seront confiés.