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Prédication de Mme la pasteure Coyault – vêpres œcuméniques du 21 janvier 2018


Chaque année, du 18 au 25 janvier, les chrétiens se rassemblent dans la prière pour l’unité. Ruth-Annie Coyault, pasteure à Versailles, a prononcé cette prédication sur le cantique de Moïse (Exode 15, 1-21), lors des vêpres du 21 janvier 2018 avec Mgr Aumonier, à la cathédrale.

La foi chrétienne s’est appropriée l’histoire de l’Exode et de la libération du peuple Hébreu pour proclamer la libération de l’homme pécheur qui est sauvé en Jésus-Christ. Comme les Hébreux furent libérés de l’esclavage par Dieu qui leur envoya Moïse, de la même façon les chrétiens croient que Dieu les libère du péché en leur envoyant Jésus-Christ qui leur a la croix et ressuscite le troisième jour. Jésus est venu pour briser les chaînes de l’esclavage du péché. Donc la libération que proclame le livre de l’Exode est très importante pour les chrétiens, on n’y voit pas seulement une libération politique, sociale, culturelle, on y voit une libération spirituelle, intérieure.

 

Dans cette relecture de la foi chrétienne à partir de l’Exode, tout péché peut donc être compris comme une forme d’esclavage dont le Christ seul peut nous délivrer. Et Moïse qui chante avec Myriam sa sœur et tout le peuple d’Israël sur les rives de la mer rouge, c’est la figure du peuple des croyants qui célèbrent la victoire de Dieu, la victoire du Seigneur Jésus sur le péché, sur tout ce qui asservit l’homme et l’empêche de servir librement son Créateur et son Sauveur.

Or le manque d’unité empêche de servir le Seigneur, ça fait cafouiller notre témoignage et nous paraissons bien empruntés aux yeux du monde… Bien sûr, il y a des avancées certaines dont nous pouvons nous réjouir et témoigner dans les relations entre nos Église, mais nous ne pouvons pas nous endormir sur nos lauriers : dans la vigne du Seigneur, il y a encore beaucoup à faire avant de pouvoir chanter la victoire comme Moïse l’a fait avec le peuple d’Israël…

Et quand nous serons arrivés à vaincre les réticences, les résistances, les replis identitaires et tout ce qui fait encore obstacle à notre unité, nous nous souviendrons alors que ce n’est pas par notre propre force que nous y sommes arrivés, mais par la force de Dieu. C’est de cela que Moïse témoigne dans son beau cantique, car il dit : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR », ce n’est pas l’homme… De même que le peuple est délivré de l’oppression par la main puissante de Yahvé, de même le pécheur est délivré de l’emprise du diable par l’œuvre que le Christ a accomplie en donnant sa vie. C’est la victoire éclatante de Pâques, celle du Christ qui nous arrache au jugement et à la condamnation pour nous mettre en liberté. Jésus-Christ est ainsi le sujet de notre louange, il est notre chant, car en lui le fardeau de notre péché/de nos désaccords est enlevé. En Jésus le nouveau Moïse, le peuple racheté peut exulter de joie et chanter le cantique de la foi et de la confiance au Dieu Sauveur qui a vaincu pour toujours le diabolos /celui qui divise les enfants de Dieu et les dresse les uns contre les autres pour enchaîner leur témoignage et rendre inaudible la parole de l’Évangile… Oui, le Dieu fort a triomphé. Ça ne signifie pas que nous ne tombons plus jamais dans le péché ou la division, mais quand cela arrive, nous savons à qui aller pour en être libérés…

 

La victoire de Dieu qui délivra son peuple de l’esclavage, c’est pour nous une préfiguration de la victoire du Christ qui nous a délivrés du péché, et ça nous donne l’assurance que tout ce qui enchaîne notre unité et l’empêche d’être pleinement vécue sera un jour vaincu par la main puissante du Seigneur. Ce n’est qu’une question de temps, et le timing du ciel n’est pas celui des hommes. La souffrance du peuple d’Israël a duré 4 siècles[1] et au temps marqué (pas un jour de plus, pas un jour de moins), Israël était libéré et marchait vers la terre promise. Et Dieu ne verrait-il pas notre souffrance aujourd’hui, nous qui peinons à témoigner ensemble de notre espérance, nous qui proclamons avec joie notre libération en Christ Jésus et n’arrivons pas encore à partager le repas du Seigneur dans cette liberté des enfants de Dieu qui nous a été si chèrement acquise (au prix de la vie du Christ) ?

Nous croyons qu’au temps marqué, le Seigneur viendra nous libérer de tout ce qui entrave encore notre marche vers l’unité pleine et entière du corps de Christ.

 

Le cantique de Moïse dit que quand les peuples apprennent la délivrance que Dieu a opérée pour Israël, ils tremblent de peur. Les Philistins, c’est-à-dire les ennemis implacables d’Israël, sont terrorisés, la victoire de l’Éternel se fait connaître partout, jusque dans le camp ennemi, et c’est la panique de tous côtés. Ne voyons pas la victoire au sens militaire, mais au sens spirituel : si l’amour et l’unité que commande le Seigneur triomphent dans l’Église, de sorte que toutes les communautés ne forment plus qu’un seul corps uni (et non pas uniforme) dans la proclamation de la bonne nouvelle, alors c’est une victoire retentissante qui rend témoignage au Christ et qui fait trembler l’adversaire/le diabolos/le diviseur… Car il n’y a pas plus inquiétante nouvelle pour l’adversaire que de voir les enfants de Dieu unis, mains dans la main, au nom du Seigneur Jésus, c’est la ruine de ses plans diaboliques ; tant que nous sommes unis, c’est l’échec garanti de toutes ses manœuvres, c’est la fin de son empire sur nous… Mais si nous nous disputons encore sur les rituels qui ne sont pas les mêmes, sur les sacrements que nous n’administrons pas de la même manière et que nous comprenons différemment, sur les doctrines qui divergent, peut-être ne sommes-nous pas encore prêts à chanter ce cantique de Moïse… Peut-être avons-nous besoin de cheminer encore avec le Christ, comme les disciples d’Emmaüs, pour apprendre à traverser la mer de nos divisions et pouvoir enfin glorifier Dieu ensemble, comme des frères retrouvés…

 

Conclusion :

Moïse chante. Il chante que c’est le Seigneur seul qui sauve et terrasse l’ennemi pour toujours. Dieu seul est puissant pour venir à bout de ce qui divise, Dieu seul peut venir à bout des sujets de discorde qui, aujourd’hui, nous semblent irréductibles, insolubles…

C’est pourquoi, frères et sœurs, comme Moïse et le peuple libéré, gardons cette foi et cette confiance que le Seigneur travaille afin de briser toutes chaînes, pour que nous puissions nous tenir debout, unis, mobilisés, encouragés par le Christ Jésus dans notre témoignage commun. Ainsi, notre unité rendra à Dieu la louange qui lui est due. Amen.

pasteure Ruth-Annie Coyault

[1] Genèse 15, 13-15