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40 ans de diaconat – Alain Andrieux, “le serviteur inutile”


Il s’est voulu pendant 40 ans « le serviteur inutile qui se contente de la joie qu’il a apportée aux autres »… En ce 28 mars, dimanche des Rameaux, dans sa paroisse des Essarts-le-Roi, Alain Andrieux, diacre à l’aumônerie de la délégation des Yvelines du Secours catholique, a rendu grâce pour toutes ces années au service de l’Eglise.

Catherine Regnier : Alain Andrieux, vous fêter dans quelques jours vos 75 ans. Si on compte à rebours, on réalise que vous avez été ordonné diacre à… 35 ans ? Ce n’est pas un peu jeune ?

Alain Andrieux : C’est l’âge minimum. A quelques semaines près, j’aurais du demander une dérogation. Si on est marié, il faut également justifier d’au moins 10 ans de vie commune. J’en avais 13, et déjà trois enfants, dont une petite fille décédée à l’âge de six mois. Quelques années plus tard, nous aurons un troisième garçon.

C.R : Ce drame de la mort de votre enfant a été un des éléments déclencheurs de votre vocation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

A.A : Nous étions en effet avec ma femme dans un état d’effondrement total. A l’époque, nous accompagnions des jeunes de l’aumônerie dans un parcours d’Evangile. En préparant la réunion, je suis tombé par hasard sur le texte de l’Institution des Sept, au chapitre 6 des Actes des apôtres. Ainsi furent désignés par l’Eglise primitive les premiers diacres choisis pour leur bonne réputation et leur sagesse pour s’occuper du service de leurs frères, notamment des plus démunis de la communauté. J’ai dit à mon épouse : « s’il existe quelque chose de pareil dans notre église actuelle, j’aimerais en faire partie ! ». J’avais découvert ma voie : le diaconat.

C.R : Ca a été le début d’un long cheminement, m’avez-vous confié. Car il ne suffit pas d’être appelé, encore faut-il discerner. Et discerner aussi en couple, car l’engagement dans l’aventure du diaconat requiert l’adhésion de l’épouse.

A.A : En ce qui nous concerne ça n’a pas été un problème car je dois en grande partie à ma femme mon retour à la pratique religieuse. Nous étions déjà largement investis dans l’apostolat et avons entamé ensemble cinq années de formation en vue du diaconat. Un défi pour moi qui n’ai jamais aimé l’école et choisi des études techniques. Sans aucune culture littéraire de base, j’ai découvert la philosophie et les textes anciens. Mais j’ai surtout découvert, qu’avec la Grâce et la force de l’Esprit-saint, on peut dépasser ses propres limites. Le Seigneur a aplani ma route. Et la découverte de l’Evangile a été le second coup de foudre de ma vie. Le premier ayant été la rencontre avec ma femme, hélas décédée il y a trois ans.

C.R : Comment avez-vous concilié votre ministère et votre devoir d’Etat ?

A.A : Tout d’abord, j’aime à dire que j’ai trois vocations. La première est celle d’époux, la seconde celle de père, et la troisième celle de diacre.
Sans l’engagement de ma femme à mes côtés, qui a été le témoin privilégié de ma transformation, je n’aurai pas pu continuer. Car la formation a fait de moi un autre homme, à tous les sens du terme. Ensuite, le fait d’être immergé dans le monde par ma profession et ma vie de famille m’a rendu peut-être plus « crédible » pour annoncer l’Evangile.

C.R : Quelles sont les fonctions du diacre ?

A.A : Baptiser, prêcher, bénir, donner la communion, recevoir le consentement des époux lors du mariage, exercer des fonctions administratives ou caritatives. Depuis le Concile Vatican 2, le diacre n’est plus seulement quelqu’un qui peut devenir prêtre (diacre en vue du sacerdoce) mais il peut être ordonné diacre permanent. Il n’est dès lors plus un laïc : par le sacrement de l’Ordre, avec le prêtre et l’évêque, il devient ministre de l’Eglise. Si le ministère des prêtres s’enracine dans l’évangile de la Cène, ou l’institution de l’Eucharistie lors du Jeudi saint, celui des diacres s’enracine dans l’évangile du lavement des pieds et le service des frères, en particulier des plus fragiles.

C.R : Depuis 1981, quelles ont été vos différentes missions au sein de l’Eglise ?

A.A : La première a été de témoigner de l’Evangile au sein du monde syndical. A l’époque, je travaillais comme concepteur de systèmes automatisés et j’étais représentant du personnel au sein de la CFDT. Puis j’ai rejoint pendant 20 ans le service de la Pastorale familiale du diocèse pour accompagner les personnes divorcées remariées. J’avais auparavant suivi une formation d’accompagnateur spirituel chez les Jésuites. Enfin, j’ai accompagné des personnes engagées dans la préparation au mariage et au baptême au sein du service diocésain de formation (SDFY). J’ai également formé des laïcs à animer des ADAP (Assemblées dominicales en l’absence de prêtre). De 1992 à 1999, mon travail m’a amené à aller vivre à Kourou, en Guyane, où nous avons découvert avec ma femme des communautés chrétiennes joyeuses et ferventes, enracinées dans l’essentiel. A notre retour en métropole, j’ai retrouvé un peu de cette convivialité et de la richesse du brassage interculturel au sein de l’aumônerie des collèges et lycées de Trappes, où j’ai été affecté pendant neuf ans.

C.R : Et en 2008, vous rejoignez le service d’animation spirituelle et diaconie de la délégation du Secours Catholique des Yvelines. Quel est votre rôle ?

A.A : Tout membre du Secours Catholique doit être au service des plus défavorisés, dans la ligne de l’évangile du lavement des pieds. L’aumônerie doit aussi accompagner les équipes locales pour qu’elles restent fidèles à l’intuition spirituelle de Mgr Rodhain, fondateur du Secours Catholique. Une intuition qui rejoint le message adressé par le pape François : «  La plus grande discrimination que l’on peut faire aux pauvres, c’est de les empêcher de vivre leur spiritualité ». Au sein des équipes, les bénévoles sont souvent frileux pour témoigner de l’Evangile. Sous couvert de ne pas choquer, de respecter l’absence de croyance ou la croyance en une autre religion, on préfère se taire.

C.R : Quelles sont vos actions ?

A.A : Avec le Père Bothuan, l’aumônier diocésain du Secours catholique qui est aussi curé du groupement paroissial de Houdan, et Claude Guerlin, diacre, nous proposons des célébrations lors des temps forts de l’année liturgique et une journée spirituelle annuelle. La dernière sur le thème “Charité et Mission” a eu lieu par visio-conférence le 13 mars.
Hors pandémie, nous organisons un pèlerinage du Secours Catholique au sein du pèlerinage diocésain de Lourdes.Nous permettons financièrement à certaines personnes démunies de partir avec leur paroisse, mais l’objectif est aussi d’amener à Lourdes les exclus et les plus fragiles de nos accueillis. On leur propose de travailler durant une journée comme brancardier au sein de l’Hospitalité. Et s’ils souhaitent revenir l’année suivante, ils sont alors intégrés comme tout un chacun dans une équipe de brancardiers.
Un pèlerinage en Terre Sainte est prévu du 4 au 13 octobre 2021 avec le père Bothuan.

C.R : Au cours des pèlerinages, vous avez assisté à des transformations spectaculaires. Racontez-nous l’histoire de Rudy ?

A.A : Rudy était l’un de nos habitués à l’Accueil de jour de la délégation. Il vivait dans sa caravane, déjà détruit par les abus de drogue et d’alcool, abus qui l’ont emporté à tout juste 30 ans. Il nous a accompagnés au pèlerinage et est revenu l’année suivante comme brancardier. Contre tout attente, il s’est abstenu presque totalement de boire durant les cinq jours de sa mission. Car, pour la première fois de sa vie sans doute, on avait eu besoin de lui. Rudy n’était plus le SDF alcoolique bon à rien, mais un homme sur qui comptaient des frères plus fragiles, et pour lesquels il allait donner le meilleur de lui-même. Par un effet boule de neige, son attitude a changé le cœur de nombreux hospitaliers, de pèlerins malades et aussi de bénévoles. Ils ont été nombreux à venir lui rendre hommage lors de ses funérailles.

C.R : Après 40 ans passés au service de vos frères, quel conseil pourriez-vous laisser aux bénévoles qui vous lisent ?

A.A : Etre au service des plus pauvres demande une grande vigilance. Il faut se montrer empathique sans se laisser « dévorer ». Et aller régulièrement se ressourcer à la source de l’Amour pour mieux aimer et aider. On ne peut ni porter sur ses épaules toute la misère du monde, ni changer le cours d’une destinée humaine. Mais on peut se contenter, un jour à la fois, de la joie qu’on a donnée en se contentant d’être un serviteur inutile…

Catherine Regnier