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Epiphanie : l’enfant, l’étoile, les mages et la fin de l’astrologie


L'Epiphanie marque une rupture dans l'histoire de l'humanité. L’histoire des mages montre que notre vie n’est plus gouvernée par un destin, définie par une mécanique céleste qui s’imposerait à nous. C'est désormais le Christ, Lumière des nations, qui s'offre de nous guider, en nous laissant libres de le suivre ou non.

Les mages de Saint Appolinaire de Ravenne

Qui étaient les mages ?

« Des mages venus d’Orient ». Vu de Palestine, à l’époque évangélique, l’Orient évoque la Mésopotamie, l’empire Perse, la Chaldée. Pour le croyant d’origine juive à qui l’évangile de Matthieu s’adresse en priorité, cette indication faisait référence aux mages et devins dont parle la Bible, comme ceux à qui le prophète Daniel fut confronté pour interpréter un songe de Nabuchodonosor. Des hommes savants, fin connaisseurs des astres.
On sait que l’astronomie avait dans cette région, atteint de longue date, des niveaux élevés de précision. Cependant, la distinction actuelle entre astronomie et astrologie n’avait pas encore cours. L’observation du ciel avait une finalité que nous qualifions maintenant d’astrologique. Il s’agissait d’y lire le destin des hommes. La croyance généralisée était que le destin de l’homme était défini par le mouvement des étoiles. Pour les juifs, c’était sans doute une tentation qu’ils ne cessaient d’écarter en chantant avec le psalmiste la véritable fonction des astres : «  Les cieux proclament la Gloire de Dieu ».
De nos jours, il suffit d’ouvrir un magazine pour y trouver un inévitable horoscope. Voir le destin de l’homme dans le mouvement des étoiles, c’est une conviction commune qui traverse les époques.
La démarche des mages venus d’orient abolit cette illusion. Venus devant l’Enfant Jésus, ils expriment en se prosternant, l’allégeance de l’astrologie devant le Verbe de Dieu, présent dans le petit enfant. L’étoile des mages s’est arrêtée, cédant la place à la lumière du Verbe. Illuminée par elle, saurons-nous nous laisser guider ?

 

« Où est le Roi des juifs qui vient de naître ? – Nous avons vu son astre à l’Orient » (Mt.2, 2)

Un signe particulier dans le ciel, une nova selon des experts actuels, ne passe pas inaperçu aux yeux acérés des mages. Convergence de leur intuition, de leur disponibilité, de leur probable connaissance des prophéties bibliques et des traditions messianiques de leur pays, ils décident de se mettre en route pour rencontrer le nouveau roi des juifs. Un roi réside dans une capitale et c’est donc naturellement vers Jérusalem, capitale des juifs, qu’ils portent leurs pas. Mais ce n’est pas là que se trouve le personnage cherché.

Or, l’étoile ne les guide plus, comme impuissante à donner plus de précision. Comment vont-ils trouver leur chemin ?
La clé de l’itinéraire vers l’étape suivante sera la consultation des Écritures. La parole de Dieu, sous la forme de la prophétie de Michée, leur révèle le lieu de la Nativité : «  Bethléem, […] c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple ». Dès lors, l’étoile va de nouveau se montrer, comme consécutive ou subordonnée à la prophétie.
Pourtant, bientôt l’étoile s’arrête « au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». Elle cède la place à l’enfant. Grégoire le Grand avait déjà vu dans cet arrêt de l’étoile, un renversement fondamental : « Puisque ce n’est pas l’enfant qui courut vers l’étoile, mais bien, si l’on peut dire, l’étoile vers l’enfant, ce n’est pas non plus l’étoile qui fixa le destin de l’enfant, mais cet enfant nouveau-né qui fixa le destin de l’étoile ».
Au début du récit évangélique, le Roi des juifs a son étoile. Comme tout le monde, il naît sous une étoile appelée selon la science du moment, à gouverner son destin. Mais l’étoile s’arrête. Ce n’est plus elle qui commande. Elle est désormais subordonnée à l’enfant qui est Dieu, « celui qui fixa les étoiles dans le ciel ». Elle retrouve son statut de créature et sa fonction dans le ciel qui « Raconte la gloire de Dieu », « Proclame sa justice », « Se réjouit », comme le répètent les Psaumes.

 

Se prosternant, ils lui rendirent hommage (Mt. 2, 11)

Se coucher face contre terre : une attitude de profond respect et de soumission, souvent rencontrée dans la Bible. C’est celle par exemple qu’adopte Abraham au chêne de Mambré devant les envoyés de Dieu. Ce geste est aujourd’hui celui des ordinants, qui expriment ainsi leur parfaite disponibilité à l’appel de Dieu. En l’accomplissant, les mages marquent leur soumission devant l’enfant Dieu. La tradition les a faits rois et ils l’étaient en quelque sorte, car ils prétendaient régner sur les consciences et le mode de vie de leurs contemporains.

Ces rois s’inclinant devant le Verbe incarné marquent par leur attitude la soumission de l’astrologie dont ils sont les représentants éminents, devant celui dont l’évangéliste Jean dira qu’il est la lumière qui illumine tout homme.
L’astre des mages s’est arrêté et n’a plus cours. Il est remplacé par une nouvelle lumière. L’Epiphanie marque une rupture historique dans l’histoire de l’humanité. Avant ce signe, les hommes sont soumis à un destin aveugle qu’ils cherchent vainement à apercevoir dans leur thème astral. Désormais, l’étoile qui les guide est celle du Christ et, illuminés par la lumière du Verbe, ils peuvent « repartir par un autre chemin », en signe de leur conversion.

 

Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme (Jn. 1, 9)

L’étoile a marqué une étape dans la vie des mages. Ils ont choisi de la suivre. Elle les a conduits vers la vraie lumière qui éclaire tout homme. Puis ils ont fait le choix de s’incliner pour recevoir cette lumière.

Quelle leçon pouvons-nous en tirer dans notre propre démarche de conversion ? – A l’image des mages, saurons-nous nous mettre en route à la rencontre de la Lumière et repartir par un autre chemin, celui du Christ qui a dit « je suis la voie » ? – L’histoire des mages montre que notre vie n’est plus gouvernée par un destin, définie par une mécanique céleste qui s’imposerait à nous. Ce n’est plus notre horoscope qui définit notre avenir. C’est le Christ qui s’offre à nous guider, en nous laissant libres de le suivre ou non. Cet avènement à la liberté autorise et appelle une démarche personnelle d’adhésion. Car si la lumière illumine tout homme, c’est à chacun de se laisser illuminer, dans une démarche active.
Rester passifs devant la lumière du Christ ne suffit pas pour être dans la lumière. La première épître de Jean illustre cela à propos de l’amour des frères : « celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est toujours dans les ténèbres. Qui aime son frère demeure dans la lumière » (1Jn. 2, 9).
En cette fête de l’Epiphanie, le Christ se manifeste comme la nouvelle lumière qui a guidé les mages, précurseurs des hommes de tous pays et de toutes nations. Nous pouvons lui demander comme grâce, de nous aider à nous débarrasser de nos adhérences païennes et de nous aider à le suivre vers sa lumière.

 

Illustration :
Les mages des mosaïques de Saint Apollinaire de Ravenne (Vième – VIième siècle), avancent d’une démarche décidée, le regard tourné vers l’étoile. Ils sont coiffés du bonnet phrygien, évoquant leur origine orientale.

 

Philippe de Pompignan

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