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Trois scrutins pour… une conversion !


En ce temps de carême, approfondissons le sens des scrutins qui fortifient les catéchumènes dans leur démarche et rappellent à chaque baptisé sa conversion permanente, avec le père Jean-Marc Bot, prêtre accompagnateur du service catéchuménat de notre diocèse.

Chagall Se laisser scruter par Dieu : catéchumènes et baptisés

« Pour des élections, on scrute l’opinion du peuple, c’est-à-dire qu’on observe, on analyse, on questionne, on creuse, on sonde. L’Église offre aux catéchumènes trois rites pénitentiels que l’on appelle ″scrutins″. Le mot évoque le discernement entre la lumière et les ténèbres. On se laisse scruter par Dieu pour voir les intentions du cœur, explique le père Jean-Marc Bot. Les ″appelés″ sont en effet invités à la conversion, à se tourner vers le Seigneur pour se voir à sa lumière. Le rituel recommande de célébrer ces trois scrutins, solennellement, les 3ème, 4ème et 5ème dimanches de carême. Pourquoi ? « L’origine du carême vient de ce chemin que font les catéchumènes vers le Pâques et le sacrement. Ce ne sont pas les catéchumènes qui se sont intégrés au carême, c’est l’Eglise entière qui accompagne le chemin des catéchumènes. Elle rappelle ainsi que tous les baptisés ont à vivre cette dimension de conversion avec les catéchumènes. Pendant la veillée pascale, nous renouvelons notre baptême, nous professons notre foi. Les catéchumènes réveillent la grâce du baptême qui pour beaucoup a été reçu dans l’inconscience de la toute petite enfance ». Un itinéraire lors des dimanches de carême est alors proposé par le rituel qui aide les catéchumènes et les fidèles à réfléchir sur l’articulation entre le baptême et le combat spirituel. Le carême est la participation à ce combat pour aboutir à la liturgie baptismale du Samedi Saint.

 

Trois scrutins à la lumière de l’Evangile

Le premier dimanche de Carême est consacré à l’appel décisif des catéchumènes par notre évêque qui a lieu traditionnellement à la collégiale de Poissy. Les catéchumènes entendent l’évangile des tentations au désert, signent de leurs noms le registre des futurs baptisés qui est remis à la communauté contemplative du Carmel de Saint-Germain, et reçoivent l’écharpe violette, signe de leur désir de conversion. Le deuxième dimanche, ils sont invités dire la prière du Notre Père et à se l’approprier.

Puis les trois dimanches suivants sont consacrés aux scrutins éclairés par trois passages de l’évangile de saint Jean. Le premier scrutin correspond à l’évangile de la Samaritaine à qui le Christ donne l’eau vive. « La soif torture les hommes en ce monde, et ils ne comprennent pas qu’ils se trouvent dans un désert où c’est de Dieu que leur âme a soif. Disons donc, nous aussi : “Mon âme a soif de toi.” Que ce soit le cri de nous tous, car unis au Christ nous ne faisons plus qu’une seule âme » déclarait saint Augustin. Le père Jean-Marc Bot insiste sur ce premier scrutin qui est une manière pour les catéchumènes et pour tous de « reconnaitre le don de Dieu mais aussi nos faiblesses qui nous entravent ». Pour le deuxième scrutin a été choisi l’évangile de l’Aveugle-né guéri et illuminé par le Seigneur. Cette lecture revient sur « notre aveuglement originel, congénital lié au péché originel. La grâce de Dieu vient nous éclairer, nous libérer et nous fortifier afin de rendre témoins de la foi » explique le père Bot. Le cinquième dimanche de carême, troisième scrutin, propose l’évangile de la résurrection de Lazare à qui le Christ rend la vie.

« Ce scrutin éclaire notre destinée. Nous passons avec le Christ de la mort à la vie en nous. Il nous fait entrer dans une vie nouvelle ».

 

Un moyen pour lutter dans le combat spirituel

Les textes choisis pour accompagner les scrutins permettent d’éclairer le sens de la vie humaine de manière complémentaire. Ils s’accompagnent à chaque fois d’une prière de délivrance. « La répétition en trois scrutins manifeste une pédagogie non seulement de la complémentarité mais aussi de la répétition pour une imprégnation, une pénétration plus forte de la force de Dieu. Les scrutins sont un moyen que l’Eglise offre pour surmonter les épreuves du combat spirituel. Ce combat est inhérent à toute conversion car nous sommes empêtrés dans les complications du mal et du péché intérieurement, dans notre cœur, mais aussi extérieurement avec tout ce que le monde propose et qui peut nous éloigner de Dieu. Le baptême est le passage d’une frontière. Plus on s’avance vers celle-ci, plus le combat s’intensifie. Il est fait de doutes, d’une peur de l’inconnue car suivre le Christ nécessite d’adopter un fonctionnement nouveau, une nouvelle logique. Ce sont des habitudes d’être qu’il faut changer ».

Purifier les cœurs et les intelligences, fortifier contre les tentations, convertir les intentions, stimuler les volontés, afin que les catéchumènes s’attachent plus profondément au Christ et poursuivent leur effort pour aimer Dieu, voici le sens de ces scrutins tels qu’ils sont définis par le rituel. Si les catéchumènes lors de ces scrutins sont plongés dans la grâce de l’Eglise entourés de la communauté des fidèles de leur paroisse, la présence des catéchumènes donne à l’assemblée la grâce de redécouvrir sa vocation et sa mission. Les fidèles baptisés qui vivent également ce combat spirituel ne reçoivent pas le rituel de délivrance comme les catéchumènes mais sont appelés à « vivre les trois dimensions du carême : jeûne, prière et partage, et à s’appuyer sur le sacrement de la confession qui n’est autre qu’une reprise du baptême ».

Faustine Marie
Paru dans le journal diocésain Sources de mars-avril 2012 – n°257

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