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Témoignage d’un confinement sans Eucharistie


Par Annick Andrier, vierge consacrée sur le groupement paroissial d’Elancourt, Maurepas, Coignières, Saint-Rémy.

Comme beaucoup, je n’ai pas vu ce temps arriver. Je n’avais d’ailleurs pas mesuré la gravité de la situation sanitaire. L’urgence à confiner face à l’accélération de la pandémie n’a laissé aucune place pour s’y préparer. Je n’aurais jamais imaginé que le 3e dimanche du carême, 1er week-end sans eucharistie, serait le premier d’une longue série.

Dès ce premier WE, dans un élan du cœur, j’ai écrit à Mgr Aumonier pour lui exprimer ma communion de prière. Je vous dis cela simplement parce que la raison de ce geste peut éclairer ce qui m’habitait à ce moment-là. Consacrée dans l’Ordre des Vierges, images de l’Église, Épouse du Christ, j’ai senti en moi une Église touchée en son cœur d’Épouse. Une Église – Épouse chamboulée en ses membres qui ne peuvent pas se rassembler autour du Christ-tête. Une Église chamboulée en ses prêtres célébrant sans le peuple qui leur a été confié. Et plus encore, un corps ecclésial privé du corps eucharistique… Mon cœur en était bouleversé, et s’est donc tourné spontanément vers l’évêque, pasteur de l’Église particulière que nous formons, et dans les mains desquels j’ai été consacrée.

Comment me suis-je située face à la privation de la communion sacramentelle ?

Dans l’Évangile selon St Mathieu, au chapitre 15, Jésus dit : “Je suis saisi de compassion pour cette foule car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi et n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, ils pourraient défaillir en chemin ”

Je suppose que le sentiment de Jésus, en regardant son Église depuis le 15 mars, fut le même : saisi de compassion.

La douleur que j’ai ressentie est celle de Jésus, celle de l’Église – Épouse. Ce n’est pas uniquement ma personne qui souhaitait recevoir Jésus sacramentellement. En tant que consacrée au cœur du monde, je suis restée au cœur de cette foule désireuse du Pain de vie.

En communiant spirituellement, j’ai porté particulièrement nos frères et sœurs malades, les personnes en fin de vie, qui ont encore plus ce désir de le recevoir. J’ai porté et offert au Seigneur la douleur de toute l’Église, fidèles, pasteurs, chrétiens de par le monde qui depuis des années sont persécutés et ne peuvent pas se rassembler pour célébrer. J’ai porté le découragement de ceux qui « décrochent », de ceux qui sont dans la nuit de la foi.

Jamais je n’avais pris autant de soin à les porter. Je ne m’étais jamais senti aussi proches d’eux. La mission de Simon de Cyrène sur le chemin de croix du Christ n’a jamais autant résonné en moi que ces mois-ci… En ce sens, Mgr Moulins-Beaufort souligne bien cela dans son discours, en disant que le confinement a été vécu « non pas comme un enfermement en soi mais dans l’ouverture du cœur et l’esprit vers les autres ».

Consacrée au cœur du monde, j’ai donc désiré patienter (de la racine ‘pati’-‘souffrir’), avec tous les autres baptisés. Oui, la privation de la communion sacramentelle fut douloureuse. Mes premières participations à la messe télévisée ne furent pas sans larmes. La pensée de recevoir Jésus à nouveau m’émouvait à chaque fois.

J’ai reçu beaucoup de grâces de consolation de la part du Seigneur, et même une grâce de prévenance qu’il m’a offert 10 jours avant le confinement. En effet, en passant dans la boutique d’un monastère, je suis attirée par une icône de la Sainte Cène. Mon cœur m’a dit de l’acheter, tout en me demandant à qui je pourrais bien l’offrir. A ce moment-là, je ne savais pas qu’elle m’était destinée, et qu’elle aurait été un vrai soutien dans ma prière tout au long de ces mois de confinement.

J’ai également reçu beaucoup de la Vierge Marie, en lui remettant tout cela dans son cœur de Mère, là où se tient l’Église particulièrement le samedi, en mémoire du samedi saint. Une intimité plus grande est née, en m’associant plus intensément aux douleurs qu’elle a connues et traversées dans la confiance.

Dans cette attente, j’ai saisi la grande attente, celle des derniers jours, du retour en gloire du Christ : ‘Viens Seigneur Jésus’.

Cette privation de l’eucharistie fut également l’occasion pour moi de relire la façon dont je suis présente à chaque messe, la façon dont je communie…

J’ai compté sur la prière de celles et ceux qui pouvaient communier.

Si les rassemblements en présentiel (comme on dit maintenant) étaient empêchés, la communion des cœurs, la communion des saints étaient bien palpables, notamment à travers les messages de bienveillance des uns et des autres, toutes les propositions offertes par les curés de paroisse, et ces milliers de connexions internet pour une seule célébration.

Cette privation de l’eucharistie fut enfin l’occasion de mesurer et de méditer sur la grâce du don de l’eucharistie, le don de la Présence réelle, ‘mystère de présence’ dit Mgr Moulins-Beaufort, Jésus en personne, se donnant par Amour en nourriture…

« Quelle joie quand on m’a dit nous irons à la maison du Seigneur »

En ce dimanche 24 mai, les cultes enfin autorisés !

Les cloches sonnent à nouveau l’appel au rassemblement et la joie des retrouvailles. Je savoure ce chant des cloches… Y aurais-je prêté attention avant le confinement ?

Je me suis attardée à regarder la communauté rassemblée, et surtout la procession de communion à laquelle je suis souvent sensible, procession qui n’est pas simplement une file d’attente mais véritablement une Église en marche vers son Époux. Quelle joie de voir l’Église s’approcher de son Époux. « Heureux les invités au repas du Seigneur » !

Ce fut un bonheur de retrouver ce cœur à cœur avec Jésus.

Difficile de décrire mes sentiments du moment. Tout mon être semblait rééquilibré, comme si je n’avais pas marché droit.

Je n’oublie pas de porter à chaque eucharistie celles et ceux pour qui j’ai tant prié, tous les membres du Corps ecclésial éloignés de la communion sacramentelle pour diverses raisons.

Pour conclure, je peux dire, dans l’action de grâce, que ce temps de confinement sans eucharistie m’a fait grandir dans la prière, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », la raison d’être de l’Église et de ma consécration.

Annick ANDRIER

Octobre 2020