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L’intuition “carême 2020” du père Amar


Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles et co-animateur du Padre blog a eu l’intuition de proposer à ceux qui le souhaitent de jeûner selon la tradition catholique, sous forme d’un repas par jour pendant tout le carême. Un site internet, un billet quotidien et près de 900 jeûneurs ultra motivés !

Un souvenir, une intuition

Tout s’est passé très rapidement… A une semaine du Mercredi des cendres, cette proposition a été montée. Elle consiste à rappeler que l’un des trois piliers du carême c’est le jeûne. Le jeûne, qui était tout de même jusqu’il y a peu de temps, le fer de lance de l’ascétisme chrétien, n’est plus pour nos concitoyens une référence chrétienne : “il  s’est opéré un véritable glissement culturel constate le P. Amar, quand on parle de jeûne, on pense au ramadan ou au jeûne thérapeutique pour un mieux-être mais pas au carême et d’ailleurs la question suit souvent, “qu’est-ce que le carême déjà ?”

Lorsque j’étais curé du groupement paroissial de Limay, un secteur qui compte près de 40 % de Musulmans, j’ai été marqué positivement par la pratique du ramadan : tant de personnes  qui jeûnent tous le jour pendant un mois, cela force le respect. En fait, leur ferveur m’a réveillé dans mon identité chrétienne.

Je n’aurais pas imaginé un tel succès, en une semaine près de 900 inscrits. Ces chiffres m’ont donné le vertige ! J’ai d’abord écrit une lettre pour les remercier de s’engager dans cette démarche puis devant l’afflux de questions et de témoignages, j’ai décidé d’écrire un mail tous les jours à tous les participants. Je me suis replongé dans l’histoire du carême, dans la vie des saints. C’est passionnant ! J’ajoute aussi un texte à méditer car le deuxième pilier du carême c’est la prière.

 

Des témoignages édifiants

Sur son site internet www.carême2020.fr le Père Amar reçoit toutes sortes de témoignages et de personnes de tous âges. Il en reprend certains dans le message du jour. Beaucoup concernent le jeûne au travail. Les questions des collègues qu’il suscite, les discussions qui en découlent. C’est une véritable entrée en matière pour parler de sa foi et témoigner.
J’ai privilégié, du fait de ma situation familiale, de faire le repas unique le soir avec ma famille, donc petite collation le matin et le midi. Cela me permet de témoigner de ce choix dans le cadre du travail car je prends cette pause du midi pour prier et ne vais plus à la cantine avec mes collègues. Les réactions sont très diverses ; entre l’indifférence, l’incompréhension : quoi tu fais encore ce “truc” ! et la curiosité et l’envie, oui l’envie car certains aimeraient mais ne franchissent pas le pas pour gêne envers leur famille, peur du regard des autres. (…) Je n’ai pas rencontré d’attitude d’opposition. C’est l’occasion de parler religions, différences entre carême et ramadan, et là vraiment merci pour vos lettres qui m’aident beaucoup. (…) J’attends avec impatience la lettre de demain, jour de chemin de croix organisé dans notre paroisse pour chaque vendredi de Carême”. (58 ans)

« Prenant les repas avec les collègues, ils savent que je vis le carême. Ils sont pour la plupart très respectueux, et certains dévoilent leur religion. Ainsi cela aboutit à des conversations sur Dieu, et cela est beau » (26 ans).

« Je parle volontiers de mon jeûne de carême à mes amies non pratiquantes ou non catholiques, elles réagissent positivement avec l’envie de s’inspirer de cette démarche mais bien sûr sans le côté prière et de se tourner vers Dieu hélas ! À mes amies de la paroisse, je n’en ai pas parlé ! Je pense que c’est pour ne pas tomber dans l’orgueil du carême réussi ou le côté “je fais un meilleur Carême que toi”. Mais (…) je crois que je pourrais en parler, en leur proposant de rejoindre l’aventure » (46 ans).

« J’allaite encore exclusivement notre petite fille de 4 mois, ce qui excluait un jeûne trop radical. Grâce à votre proposition, j’ai pu trouver une solution pour vivre pleinement ce carême : avec nos deux grands, les tentations sont fortes de prendre un biscuit, goûter avec eux, etc. Cette année, je suis plus forte puisque je me suis engagée à vos côtés. Force de l’effort en commun !
Mais surtout, mon mari, qui n’est pas croyant, s’est engagé avec moi, et il joue le jeu très sérieusement. Le petit déjeuner et le dîner sont nos deux moments privilégiés, à deux, et je n’aurais pas pu m’engager sans lui. Non seulement il a accepté de me suivre, de m’accompagner et de m’encourager, mais même le midi quand il déjeune dans son entreprise il “tempère” son appétit. Qui sait ce que seront les fruits de ce jeûne ? » (37 ans).

Vers le partage

Le troisième pilier étant le partage, le Père Amar proposera en fin de carême à tous ceux qui le souhaitent de faire un don équivalent aux repas ainsi économisés. Il pense déjà à quelques « causes » : les chrétiens persécutés, ceux qui jeûnent toute l’année et n’ont pas le choix, des œuvres d’évangélisation ou de transmission, etc.

“Chacun fera comme il veut, bien sûr. En tout cas, c’est une magnifique aventure qui se construit petit à petit et j’ai bien envie de recommencer l’année prochaine !” conclut dans un éclat de rire le P. Amar, assailli de messages, débordé de travail mais heureux de l’enthousiasme de ces jeûneurs du diocèse et d’ailleurs.

www.carême2020.fr

Écouter l’interview du père Pierre Amar sur Radio Notre-Dame (à partir de 5:20)